Moyen-Orient : Washington et Téhéran s’échangent les demandes de compensation
Le prix du baril de pétrole poursuivait, mardi, sa progression entamée la veille, les marchés intégrant l’éloignement d’un accord susceptible de rouvrir le détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe. En fin de matinée, le Brent de la mer du Nord, référence pour les livraisons d’octobre, gagnait 2,55 %, à 89,96 dollars, après avoir brièvement franchi la barre symbolique des 90 dollars. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate, progressait pour sa part de 2,91 %, à 84,52 dollars.
Cette nouvelle hausse fait suite à un bond de près de 5 % enregistré lundi, les deux références ayant alors atteint respectivement 87,72 et 82,13 dollars, sous l’effet des conditions divergentes posées par Washington et Téhéran pour envisager un déblocage de la navigation dans le détroit. Les tensions entre les deux capitales se sont d’ailleurs accentuées ces derniers jours autour de la question des réparations. Le président américain Donald Trump a indiqué avoir demandé à ses négociateurs de réclamer à l’Iran une indemnisation pour les Américains tués ou blessés dans des attaques que Washington attribue à Téhéran depuis plusieurs décennies, citant notamment l’attentat visé contre l’USS Cole en 2000. Dans un message publié sur son réseau Truth Social, il a par la suite élargi cette demande en évoquant également les préjudices et pertes humaines subis, selon lui, par les populations du Liban, de la Syrie, du Yémen et de Ghaza.
De son côté, la partie iranienne, qui réclame elle-même des compensations pour cinq mois de bombardements américains et israéliens sur son territoire, maintient que la réouverture du détroit d’Ormuz demeure conditionnée à la levée du blocus naval imposé par Washington, à la fin des sanctions économiques et à la restitution des avoirs iraniens gelés à l’étranger.
Les taux américains atteignent un record
Sur le plan financier, le marché obligataire américain a réagi dans le même sens que celui du pétrole, les rendements progressant sur l’ensemble de la courbe des taux, autour de 4,25 % pour l’échéance à deux ans, au-delà de 4,7 % pour celle à dix ans et au-delà de 5,27 % pour celle à trente ans, des niveaux parmi les plus élevés de l’année. Cette hausse des rendements traduit des ventes d’obligations par les investisseurs, qui anticipent un renchérissement du pétrole susceptible d’alimenter l’inflation et de justifier un nouveau resserrement monétaire. Les marchés attribuent désormais une probabilité quasi équivalente à un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale en septembre, dans l’attente des chiffres de l’inflation de juillet, attendus mercredi.
Interrogé par le site Axios dans un entretien publié dimanche, Donald Trump a expliqué que Washington privilégiait actuellement une approche prudente, laissant la pression économique s’exercer sur l’Iran plutôt que d’envisager une nouvelle opération militaire. Lundi, dans le Bureau ovale, il a par ailleurs affirmé que les forces américaines exerçaient un contrôle total sur le détroit d’Ormuz. Selon les chiffres du cabinet Kpler, les traversées confirmées dans le détroit se limitent actuellement à six à onze navires par jour, contre 130 à 140 avant le déclenchement du conflit, cinq mois plus tôt, illustrant l’ampleur de la perturbation du trafic pétrolier dans cette zone stratégique.
Sur un autre front régional, l’agence maritime britannique UKMTO a fait état, mardi, de victimes après qu’un navire a été touché par un projectile au large des côtes du Yémen, près du détroit de Bab el-Mandeb, sans préciser à ce stade le bilan humain. Les rebelles houthis, qui contrôlent une partie du territoire yéménite, ont revendiqué plusieurs attaques contre des navires liés à l’Arabie saoudite dans ce secteur depuis le mois de juillet.
L.S.

