Détroit d’Ormuz : Téhéran maintient ses conditions
L’Iran a réaffirmé dimanche qu’il ne renoncerait pas à ses exigences pour permettre la réouverture du détroit stratégique d’Ormuz, au lendemain du rejet par Donald Trump d’une proposition en ce sens.
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a tranché dimanche sur la télévision d’État. « Nos conditions sont claires, et tout mouvement vers la réouverture du détroit d’Ormuz dépend de la satisfaction de ces conditions. Nous ne reviendrons pas dessus », a-t-il déclaré. Il a ajouté « Nous n’avons jamais fermé la porte à la diplomatie ou aux négociations, mais, dans le même temps, nous n’avons jamais renoncé à nos droits ».
La République islamique avait annoncé vendredi avoir transmis aux Américains une offre pour rouvrir cette voie maritime dans un délai de sept jours à compter de son acceptation. Ce passage, par où circulait avant la guerre près d’un cinquième des hydrocarbures mondiaux, se trouve au centre du conflit ouvert fin février par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Depuis cette date, Téhéran en revendique le contrôle tandis que Washington maintient un blocus visant les ports iraniens.
Donald Trump a balayé la proposition samedi devant la presse, à sa sortie de la Maison Blanche. « Je rejette leur proposition », a-t-il déclaré, estimant que les dirigeants iraniens cherchaient cet accord parce qu' »ils sont en train de méchamment perdre ».
Sur la chaîne NBC, l’ambassadeur américain auprès des Nations unies Mike Waltz a dénoncé dimanche une « tentative assez cynique » des Iraniens, qui auraient selon lui voulu « mettre quelque chose sur la table dont ils savaient que c’était inacceptable ». Interrogé sur la même antenne, Abbas Araghchi a rejeté des « vieilles accusations infondées ». « Nous sommes prêts à ouvrir le détroit si certaines choses sont faites par les Etats-Unis, et ces choses ne sont pas nouvelles, ne sortent pas de nulle part », a-t-il répondu.
Ces exigences figuraient déjà dans le protocole d’accord signé en juin, censé mettre fin durablement aux hostilités et ouvrir la voie à des discussions sur le dossier sensible du nucléaire iranien. Ce texte avait volé en éclats sur la question du passage dans le détroit d’Ormuz. Il prévoyait, en plus d’un arrêt immédiat des combats sur tous les fronts, le déblocage d’avoirs iraniens gelés depuis la révolution islamique de 1979 ainsi que la levée des sanctions américaines qui pèsent lourdement sur l’économie du pays.
Mike Waltz a reproché à Téhéran de réitérer ces demandes « juste pour parler, alors que nous avions conclu un protocole d’accord (…) qui a été immédiatement violé par des attaques contre la navigation internationale ». Il a jugé que la méfiance affichée par Donald Trump relevait du « bon sens », rappelant que le président « garde toutes les options sur la table ».
Le Wall Street Journal a rapporté que le président américain envisagerait de reprendre les frappes contre l’Iran après les élections législatives de mi-mandat du 3 novembre, alors qu’il doit composer avec une impopularité croissante de la guerre au Moyen-Orient, laquelle a fait grimper les prix des carburants aux Etats-Unis.
Face aux déclarations contradictoires du président américain, l’Iran dit attendre une réponse définitive avant de fixer la suite de sa stratégie. « Jusqu’à présent, rien ne nous a été transmis par le médiateur », a relevé Abbas Araghchi. Le président iranien Massoud Pezeshkian avait indiqué que la proposition de Téhéran avait été élaborée « en coordination » avec le guide suprême Mojtaba Khamenei, arbitre ultime des décisions de la République islamique, et qu’une équipe de six personnes disposant du « pouvoir de prendre des décisions » avait été constituée pour ce dossier.
Sur le terrain, une accalmie relative a été constatée ces dernières semaines. Les forces américaines n’ont plus frappé le territoire iranien depuis le premier septembre, même si des navires continuent d’être visés régulièrement dans le détroit d’Ormuz. Dimanche, les Gardiens de la révolution ont affirmé avoir intercepté un drone sous-marin américain « de pointe » opérant dans le détroit « à des fins d’espionnage ». Selon un communiqué diffusé par la télévision d’Etat IRIB, l’engin, un Remus 600, se trouve désormais entre les mains de spécialistes chargés d’en extraire les données. « La marine du CGRI déclare fermement que le détroit d’Ormuz est fermé et que nous prenons des mesures décisives et continues contre les manœuvres dangereuses et les passages non autorisés dans le détroit », indique le communiqué. Parallèlement, le ministre américain des Finances Scott Bessent a assuré samedi avoir dépêché des émissaires à travers le monde pour obtenir de nouvelles mesures d’isolement économique contre Téhéran. « Sur mon instruction, des équipes ont été dépêchées à travers le monde pour discuter avec les pays et exiger des mesures contre le régime iranien », a-t-il écrit sur X, ajoutant que « ces efforts portent leurs fruits ». Il s’est félicité de plusieurs décisions récentes, dont la suspension des vols de la compagnie privée Mahan Air par la Turquie et Oman, ainsi que l’arrêt de toutes les liaisons aériennes iraniennes annoncé par les Emirats arabes unis en conformité avec de nouvelles sanctions américaines. Selon l’agence iranienne Isna, les appareils iraniens ne peuvent désormais plus atterrir en Irak, aux Emirats, à Oman, en Azerbaïdjan ni en Géorgie. Les liaisons se poursuivent en revanche avec la Chine, qui a rejeté ces sanctions « unilatérales illégales », et avec la Russie, notamment via Iran Air et Mahan Air.
La tension reste également vive au Yémen, devenu un nouveau front régional depuis la reprise en juillet des combats entre les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, et le gouvernement yéménite appuyé par Ryad. Le mouvement a lancé en septembre une offensive meurtrière qui a renforcé son emprise sur le détroit de Bab el Mandeb, autre passage maritime essentiel reliant l’Europe à l’Asie via le canal de Suez. Devant l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le chef de la diplomatie saoudienne Fayçal ben Farhane a rappelé samedi que « la stabilité de cette région vitale est directement liée à la sécurité énergétique mondiale », tout en reprochant à la communauté internationale des « manquements quand elle aurait dû assumer ses responsabilités » face à cette crise.
Lyes Saïdi

