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Financement du terrorisme au Sahel : Les Émirats arabes unis pointés par l’ONU

Une rançon estimée à 50 millions de dollars, versée en 2025 pour obtenir la libération d’un otage détenu au Mali, a directement contribué au renforcement des capacités militaires et logistiques d’Al-Qaïda au Sahel, selon un rapport onusien qui relance les interrogations sur le rôle trouble des Émirats arabes unis dans la déstabilisation des pays du Sahel.

Ce document, élaboré par l’équipe d’experts chargée de la surveillance des sanctions visant les organisations Al-Qaïda et Daech pour le compte du Conseil de sécurité, a été présenté à la mi-août lors d’une session à huis clos de la commission des sanctions des Nations unies, a précisé une source à l’agence Reuters. Le texte ne révèle ni l’identité de l’otage ni celle du payeur, mais plusieurs sources régionales citées par la même agence désignent Abou Dhabi comme à l’origine de la transaction, intervenue après la libération d’un ressortissant émirati et de deux autres étrangers. Sollicitées sur ce dossier, les autorités émiraties se sont gardées de confirmer les détails de l’affaire, se bornant à réaffirmer leur engagement dans la lutte contre le terrorisme, une posture qui tranche avec les constats répétés des experts onusiens sur le rôle d’Abou Dhabi dans plusieurs foyers de tension du continent.

Selon les experts des Nations unies, l’essentiel de cette somme aurait été redistribué entre différents groupes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale branche d’Al-Qaïda dans la région, pour financer terroristes, armement et logistique nécessaires à son expansion au Mali et dans le reste de l’Afrique de l’Ouest. Une partie des fonds aurait également transité vers d’autres composantes du réseau, notamment Al-Qaïda dans la péninsule arabique, basée au Yémen, ainsi que vers le commandement central de l’organisation. Le GSIM, qui compterait aujourd’hui entre 7 000 et 8 000 combattants, dont la moitié au Mali, doit en partie sa progression à ce type d’injections financières, les enlèvements constituant désormais, selon les experts onusiens, l’une des principales sources de revenus des groupes armés actifs dans la bande sahélo-saharienne.

Cette affaire ne constitue pas un cas isolé. Plus grave elle intervient et s’inscrit dans un schéma d’ingérence émiratie déjà documenté ailleurs sur le continent. Au Soudan, plusieurs rapports d’experts des Nations unies ont jugé crédibles les accusations de soutien militaire d’Abou Dhabi aux Forces de soutien rapide (FSR), en violation de l’embargo sur les armes imposé au pays. Des enquêtes menées entre 2024 et 2025 ont établi que du matériel militaire d’origine européenne, exporté légalement vers les Émirats, s’était retrouvé entre les mains de cette milice paramilitaire, responsable selon l’ONU d’exactions pouvant constituer des marqueurs de génocide au Darfour. Le Parlement européen a d’ailleurs adopté, en juillet dernier, une résolution condamnant ce soutien et exigeant la fin de toute ingérence extérieure dans le conflit soudanais, tandis que des drones de fabrication émiratie continuent, selon plusieurs témoignages, de cibler des populations civiles.

Au-delà du Soudan, les ingérences d’Abou Dhabi, notamment son appui à des factions armées et sa quête d’influence sur les ressources stratégiques régionales, comme les mines d’or soudanaises, nourrissent depuis plusieurs années les tensions et alimentent un climat d’instabilité durable, de la Corne de l’Afrique au Sahel.

Le versement de rançons à des organisations terroristes inscrites sur les listes de sanctions du Conseil de sécurité, tout comme le financement, direct ou indirect, de groupes armés à des fins d’ingérence dans les affaires intérieures d’États souverains, sont pourtant proscrits par le droit international et par les résolutions onusiennes relatives à la lutte contre le financement du terrorisme. C’est précisément ce cadre normatif que ce nouveau rapport vient rappeler, en dénonçant le rôle d’Abou Dhabi qui alimente l’arsenal et la logistique d’une organisation terroriste dont l’expansion continue de fragiliser la stabilité de toute la région sahélienne.

Lyes Saïdi

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