L’intersyndicale se mobilise contre les politiques du gouvernement Lecornu : « Journée noire » mardi en France
Les syndicats de la fonction publique française préparent une mobilisation d’ampleur pour dénoncer la dégradation de la situation économique et sociale et les orientations du gouvernement de Sébastien Lecornu, à quelques jours seulement de la présentation du projet de loi de finances 2027 devant l’Assemblée nationale. L’intersyndicale a appelé à une « journée noire » mardi prochain, avec près de 160 rassemblements annoncés à travers le pays. Enseignants, personnels de santé, agents des collectivités locales, fonctionnaires des impôts, pompiers et employés des transports doivent battre le pavé depuis Paris. Leur colère vise notamment le gel du point d’indice prévu dans le budget 2027, une mesure censée faire économiser environ deux milliards d’euros à l’État. Les organisations réclament une revalorisation des salaires et une amélioration des conditions de travail, alors que les prix continuent de grimper, à commencer par ceux de l’énergie, à l’approche de l’hiver. Cette grève générale s’annonce lourde de conséquences pour les transports et met une pression supplémentaire sur l’exécutif, engagé dans un plan d’économies de 54 milliards d’euros malgré une opposition politique vive et la menace persistante d’une motion de censure. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a prévenu que sa formation censurerait le gouvernement « si rien ne change », tout en rappelant que la négociation suppose une volonté partagée entre les parties.
Le gouvernement tente pour l’instant de trouver un compromis avec les parlementaires afin de faire adopter son projet de budget, dans un contexte où l’absence de majorité complique la tâche de Sébastien Lecornu et menace de reproduire le scénario de chute du gouvernement observé en 2024 et 2025. Le texte doit être présenté début octobre, avant un examen parlementaire approfondi et un vote fixé au 17 novembre. Des analystes du cabinet Eurasia Group, spécialisé dans le conseil en risques politiques et géopolitiques, ont averti que ce budget pourrait provoquer la chute de l’exécutif, alors même que la plupart des forces politiques souhaitent éviter une nouvelle crise avant l’élection présidentielle prévue au printemps prochain. Selon eux, des mesures d’austérité comme le gel partiel des pensions de retraite risquent de se heurter à une forte résistance au Parlement, ce qui pourrait pousser à nouveau le gouvernement à recourir à l’article 49.3, qui permet au conseil des ministres de faire adopter un texte sans vote des députés, afin de sécuriser le budget avant l’échéance de décembre. La grogne sociale s’intensifie sur fond de signaux économiques alarmants, relayés aussi bien par des institutions internationales que par l’État français lui-même. Le coût d’emprunt du Trésor a bondi, le rendement des obligations souveraines françaises à dix ans dépassant le seuil de 4,5% pour la première fois depuis 2008. D’après les estimations du ministère des Finances, la dette publique devrait atteindre un niveau record de 119,3% du produit intérieur brut en 2026, avec une projection à 121,7% en 2027. Le gouverneur de la Banque de France a exhorté l’exécutif à tout mettre en œuvre pour éviter une crise de la dette souveraine à l’approche de la présidentielle. Il a estimé qu’un recours à l’intervention de la Banque centrale européenne pour sortir de l’impasse relèverait d’une approche peu rigoureuse.
L.S.

