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Recommandations du FMI : De profondes réformes structurelles à engager

Par Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, expert international, ancien directeur d’études au ministère de l’Industrie, de l’Énergie et de Sonatrach, haut magistrat, premier conseiller, directeur général des études économiques (1980-1983) à la Cour des comptes, président de la commission Transition énergétique des 5+5+Allemagne.

Dans son évaluation au titre de l’article IV, publiée le 21 septembre 2026, dont les données de la présente contribution sont extraites du rapport original, le FMI recommande au gouvernement algérien de profondes réformes structurelles allant vers une économie de marché concurrentielle et maîtrisée, conciliant efficacité économique et justice sociale, et combattant la corruption et la mauvaise gestion.

Le FMI met en relief deux contraintes déterminantes à lever pour l’avenir de l’économie algérienne.

1. Réduire l’écart entre le cours officiel et le marché parallèle

Le FMI recommande de réduire l’écart entre le cours officiel et celui du marché parallèle, actuellement compris entre 75 et 80 %, l’institution internationale insistant sur la nécessité d’accorder davantage de flexibilité au taux de change. Or la théorie économique qui postule que toute dévaluation dynamise les exportations, en les rendant moins chères au niveau international, repose sur l’hypothèse fondamentale d’une économie productive — hypothèse que dément la situation actuelle de l’économie algérienne. La monnaie, en elle-même, ne peut être consommée ni utilisée directement comme bien de production dans le processus productif : elle est un stock inerte qui ne produit rien et se contente de faciliter les échanges. Toute masse monétaire en hausse crée l’illusion d’une richesse fictive, sans rapport avec le niveau de production réel d’une nation, et amplifie l’inflation.

Les études empiriques sur le commerce extérieur algérien de 1970 à 2026 montrent qu’une dévaluation stimule rarement les exportations nationales hors hydrocarbures, en raison de la faiblesse de l’offre locale exportable. Pour preuve, le dinar algérien a connu une dépréciation accélérée entre 1970 et septembre 2026, et l’économie demeure, en septembre 2026, dépendante de la rente des hydrocarbures, qui irrigue tout le corps économique et social, directement et indirectement.

1970 : 4,94 DA pour 1 dollar (équivalent à l’époque à environ 1 franc français).
1980 : 5,03 DA pour 1 dollar.
1995 : 47,68 DA pour 1 dollar (suite à la dévaluation de 40,17 % en avril 1994, dans le cadre de la thérapie de choc du FMI après la cessation de paiement).
2001 : 77,26 DA pour 1 dollar et 69,20 DA pour 1 euro.
2005 : 73,36 DA pour 1 dollar et 91,32 DA pour 1 euro.
2010 : 74,31 DA pour 1 dollar et 103,49 DA pour 1 euro.
2015 : 100,46 DA pour 1 dollar et 111,44 DA pour 1 euro.
2020 : 128,31 DA pour 1 dollar et 161,85 DA pour 1 euro.
Septembre 2025 : 129 DA pour 1 dollar et 152 DA pour 1 euro.
22 septembre 2026 : 133,65 DA pour 1 dollar et 153,21 DA pour 1 euro.

Cet écart croissant entre le marché officiel et le marché parallèle des devises constitue une prime du marché parallèle. Cependant, pour paraphraser les stratèges militaires, il faut distinguer la tactique quotidienne de la stratégie à moyen et long terme, donc s’attaquer à l’essence du mal et non à ses apparences, car rien ne garantit que la distorsion sur le marché parallèle des changes — où s’échangent déjà l’euro et le dollar à des taux bien supérieurs aux cours de la Banque d’Algérie — puisse être éradiquée, tant que perdure l’importance de la sphère informelle. Celle-ci s’appuie massivement sur l’usage des billets de banque (cash), au détriment des chèques ou des paiements électroniques, par manque de confiance, engendrant des situations de monopole ou d’oligopole ayant augmenté en valeur absolue entre 2000 et 2025, tout en restant stables en valeur relative par rapport à l’évolution de la masse monétaire globale en circulation.

À fin 2008, la part de la monnaie fiduciaire représentait 22,1 % de la masse monétaire globale (M2) ; en 2010, 25,3 % ; en 2012, 26,7 % ; en 2019, 32,94 %, pour un montant équivalant, au cours actuel de 134 dinars pour un dollar, à 40 milliards de dollars. À la fin 2020, la monnaie hors banques était évaluée par la Banque d’Algérie, toujours au même cours dinar/dollar, à 6 140,7 milliards de dinars, soit 46 milliards de dollars, soit 34,73 % de la masse monétaire globale, ce ratio stagnant autour de 33-34 % en 2021 et 2022, avant d’atteindre environ 7 395 milliards de dinars. En 2023, la monnaie fiduciaire en circulation dépassait les 8 000 milliards de dinars, soit plus de 55 milliards de dollars, et à la fin du mois d’août 2025, la monnaie en circulation atteignait le niveau historique de près de 9 700 milliards de dinars, soit plus de 72 milliards de dollars, maintenant son poids critique à environ 34 % de la masse monétaire globale M2.

Une décision administrative d’alignement de la cotation du dinar officiel sur celle du marché parallèle, sans réformes structurelles, aurait six conséquences, avec un risque de vives tensions sociales et sécuritaires :

— Une baisse de la valeur de la monnaie rend l’achat de produits en devises étrangères beaucoup plus coûteux.
— Le prix étant l’indicateur de l’allocation des ressources rares — loi économique universelle —, cette distorsion des prix, provoquée par la création monétaire, décourage les créateurs de richesses, à savoir les entreprises, au profit des spéculateurs, avec des impacts sociaux tels que la baisse du pouvoir d’achat, en particulier pour les revenus fixes, fonctionnaires et salariés, les ménages détenant des actifs tangibles (immobilier, actions, or) étant moins pénalisés.
— Le surcoût des produits étrangers se répercute directement sur les prix à la consommation intérieure, aggravant la hausse générale des prix ; solution illusoire, l’augmentation des salaires conduit inévitablement à la spirale inflationniste — hausse des prix, hausse des salaires.
— Les dépenses publiques libellées en devises augmentent, bien que les revenus pétroliers, exprimés en dollars, soient temporairement « gonflés » en comptabilité locale une fois convertis en dinars, ce qui masque l’ampleur réelle du déficit budgétaire.
— La monnaie reposant sur la confiance, les citoyens perdent foi en la monnaie nationale et se tournent vers le troc, les devises étrangères ou des actifs alternatifs. Les agents économiques détenant du capital sous forme liquide ou sur des comptes d’épargne, voyant la valeur réelle de leur argent diminuer, se lanceraient dans des activités spéculatives, accroissant encore l’écart entre le dinar officiel et celui du marché parallèle.
— Les emprunteurs, notamment l’État, qui remboursent leurs dettes avec une monnaie dépréciée, favoriseraient les débiteurs au détriment des créanciers.

2. La trajectoire des finances publiques et des réserves de change

Concernant les indicateurs financiers, le FMI note qu’à court terme, entre 2024 et 2026, ils demeurent solides grâce aux recettes des hydrocarbures, favorisées par la hausse des prix due aux tensions géostratégiques. Mais c’est surtout pour la période 2028-2030 que le niveau élevé de la dette publique, conjugué à un fort déficit budgétaire et à la baisse des réserves de change, suscite l’inquiétude.

La dette brute des administrations publiques (hors garanties), sous l’effet d’une monétarisation accrue de l’économie et d’un recours croissant au financement de l’État par la Banque d’Algérie, passe de 47,1 % en 2024 à 52,1 % en 2025, 53,2 % en 2026, 75,4 % en 2029 et 79,0 % en 2030. La théorie keynésienne de la relance par l’émission monétaire, misant sur l’effet multiplicateur permis par la sous-utilisation des capacités productives, ne s’applique pas à un pays souffrant d’une faiblesse structurelle de l’offre : une émission monétaire sans contrepartie productive y alimente mécaniquement l’inflation.

Concernant le niveau des réserves de change, selon la définition du FMI, applicable à l’ensemble des pays, la structure standard des réserves de change s’articule autour de quatre grands types d’actifs : l’or monétaire détenu directement par les banques centrales ; les devises étrangères (actifs libellés en monnaies étrangères — obligations, liquidités, dépôts) ; les créances sur le FMI (position de réserve et avoirs détenus auprès de l’institution) ; et les droits de tirage spéciaux (DTS), actif de réserve international créé par le FMI. La Banque d’Algérie doit éclairer l’opinion publique — non les seules institutions internationales, qui connaissent déjà la méthode de calcul.

De 2000 à 2025, voici l’évolution officielle des réserves de change, avec les prévisions du FMI de 2026 à 2031 (source FMI) :

2000 : 11,5 milliards de dollars — 2001 : 17,9 milliards de dollars — 2002 : 23,1 milliards de dollars — 2003 : 32,9 milliards de dollars — 2004 : 43,1 milliards de dollars — 2005 : 56,2 milliards de dollars — 2010 : 162,2 milliards de dollars — 2011 : 175,6 milliards de dollars — 2012 : 190,6 milliards de dollars — 2013 : 194,0 milliards de dollars — 2014 : 178,9 milliards de dollars — 2015 : 144,1 milliards de dollars — 2016 : 114,1 milliards de dollars — 2017 : 97,33 milliards de dollars — 2018 : 79,88 milliards de dollars — 2019 : 62 milliards de dollars — 2020 : 44,2 milliards de dollars — 2021 : 47 milliards de dollars — 2022 : 61 milliards de dollars — 2023 : 70 milliards de dollars — fin 2025 : 51,0 milliards de dollars.

Le FMI précise que ces données se basent sur les informations de la Banque d’Algérie. Fin 2026 : 46,5 milliards de dollars ; fin 2027 : 41,0 milliards de dollars ; fin 2028 : 33,4 milliards de dollars ; fin 2029 : 27,8 milliards de dollars ; fin 2030 : 23,5 milliards de dollars ; fin 2031 : 19,8 milliards de dollars.

Comme la cotation du dinar est corrélée à plus de 70 % aux réserves de change, si ce scénario pessimiste — non souhaitable — venait à se réaliser, la Banque d’Algérie devrait dévaluer officiellement le dinar, avec un impact inflationniste, d’autant plus si l’appareil productif reste au même niveau qu’en 2026, le secteur industriel ne dépassant pas 5-6 % du PIB en 2025, un secteur dominé à plus de 90 % par de petites PMI-PME, selon les données du registre du commerce, dont bon nombre sont peu compétitives.

La Banque d’Algérie doit par ailleurs clarifier si elle comptabilise ou non, selon les normes du FMI, la valeur de ses réserves d’or — dont le volume n’a pas varié d’un gramme depuis 2000, selon le World Gold Council, la production actuelle étant marginale et destinée à la consommation intérieure (bijouterie). Selon le présent rapport du FMI, les réserves de change de l’Algérie sont estimées à 46 milliards de dollars fin 2026. En comptabilisant les réserves d’or, soit environ 173 tonnes au cours de 139 307 dollars US en septembre 2026 (sur la base d’un prix du gramme à environ 139,31 dollars US et de l’once à 4 332,93 dollars US), cet or représente environ 24 milliards de dollars ; sans lui, les réserves s’établiraient à 22 milliards de dollars fin 2026, DTS détenus au FMI inclus (4-5 milliards de dollars).

Le rapport du FMI souligne néanmoins les importantes potentialités de l’économie algérienne, sous réserve de profondes réformes, loin des injonctions purement administratives. Car la monnaie est avant tout un rapport social et un signe abstrait, dont la valeur et l’acceptation universelle reposent entièrement sur la confiance partagée : elle n’est pas la richesse elle-même, mais son vecteur de circulation. Les manipulations administratives, qu’elles prennent la forme d’une planche à billets excessive ou d’une dévaluation brutale, peuvent déclencher de graves crises politiques et sociales, avec un impact sécuritaire.

D’où l’urgence, pour l’Algérie, d’éviter l’illusion rentière, en privilégiant les véritables producteurs de richesses, à savoir les entreprises — qu’elles soient publiques, privées nationales ou étrangères —, dans le cadre du rôle stratégique d’un État régulateur, et donc d’aller rapidement vers de profondes réformes structurelles liant la sphère réelle et la sphère financière, la dynamique économique et la dynamique sociale. En somme, l’avenir de l’Algérie dépendra avant tout de ce que les Algériens, avec la pleine participation des femmes à la gestion de la Cité — signe de la vitalité de toute société —, voudront qu’il soit.

En résumé, tout pays, et singulièrement en Afrique, a besoin d’analyses objectives, sans dénigrement ni louanges déconnectées des réalités, les institutions internationales disposant des véritables indicateurs financiers. L’information connaît une transformation profonde, portée par l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux, et tout gouvernement devra trouver des solutions à une situation complexe, afin d’éviter les rumeurs dévastatrices, dont l’effet est d’alimenter la méfiance à l’égard des informations officielles et, partant, le divorce entre l’État et les citoyens. Ce constat n’est pas propre à l’Afrique : le monde traverse une crise profonde, mais le continent dispose des potentialités nécessaires pour surmonter ses difficultés. C’est dans ce cadre que s’inscrit la présente contribution, tirée de l’expérience algérienne, qui engage la sécurité et appelle des stratégies d’adaptation, loin des mesures administratives bureaucratiques et conjoncturelles, lesquelles ne font qu’élargir la sphère informelle en bloquant le développement.

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