La rue marocaine gronde contre la normalisation avec l’entité sioniste : Le Makhzen répond par la répression
Des centaines de Marocains sont descendus dans la rue dimanche soir, dans plusieurs grandes villes du royaume, pour dire non à la normalisation avec l’entité sioniste. Le Régime du Makhzen a répondu par la force et déployé son appareil de répression pour disperser les rassemblements et interpellant des dizaines de manifestants, dont plus de 35 à Tanger, selon des organisations locales. Le mouvement proteste contre la décision de Rabat d’élever ses relations diplomatiques avec l’entité sioniste et l’ouverture d’ambassades réciproques.
Casablanca, Meknès, Béni Mellal, Tétouan et Tanger ont vu défiler des cortèges à l’appel du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, une structure civile indépendante du pouvoir qui porte depuis des mois la contestation populaire contre le tournant pris par le Makhzen. Les manifestants entendaient réaffirmer leur solidarité avec la cause palestinienne et rappeler que la rue marocaine ne suit pas les choix de ses dirigeants.
L’Instance marocaine de soutien aux causes de la nation a dénoncé des interdictions, des pressions et des interventions policières qui ont empêché des rassemblements pourtant pacifiques. Dans un communiqué, elle explique que la répression a d’abord visé le sit-in prévu à Agadir, avant de frapper le lendemain ceux de Tétouan et de Tanger. À Tanger, elle fait état de l’arrestation de plus de 35 participants et militants. L’organisation dénonce d’ailleurs une atteinte au droit de manifester et de s’exprimer librement, d’autant que ces actions s’inscrivent dans un mouvement civique et populaire qui dure. Elle affirme que l’attachement des Marocains à la Palestine est un sentiment profond, enraciné dans l’histoire et dans l’affect collectif, et assure que ni les interdictions ni les arrestations ne la feront reculer. L’Instance réclame la fermeture du bureau de liaison israélien à Rabat, l’abandon de toute forme de normalisation et le respect du droit de manifester. Elle appelle également les forces civiles, syndicales et politiques à poursuivre la mobilisation pacifique et déclare sa solidarité avec toutes les personnes interpellées.
Dans un communiqué distinct, la Voie démocratique ouvrière (Annahj Addimocrati Al Amali) a dénoncé les évènements de Tanger. La veillée de solidarité, organisée place du Phare, près de la Sour Maâgazine, à l’initiative du secrétariat local du Front, a été dispersée et plusieurs militants et citoyens ont été interpellés, parmi lesquels des membres de ce secrétariat. Tous ont été remis en liberté par la suite, précise le parti. Il dénonce une entrave au droit de manifester et une confiscation de la lutte des masses, et replace l’épisode dans une politique plus large de harcèlement contre les militants et les forces démocratiques hostiles à la normalisation. Il évoque aussi le harcèlement de militants, de blogueurs et de chroniqueurs, dont certains ont fini derrière les barreaux, et estime que la marge de liberté conquise par les luttes du peuple marocain se réduit peu à peu. Le parti rapporte en outre que ses militants ont subi des pressions dans plusieurs villes lors de sa campagne pour le boycott des dernières élections. La formation exige que les responsables de l’intervention de Tanger rendent des comptes. Elle réclame la libération des détenus politiques et des prisonniers d’opinion, l’arrêt des poursuites qu’elle juge motivées politiquement, et cite en particulier les détenus du mouvement « GenZ 212». Elle rejette catégoriquement l’ouverture d’une ambassade israélienne au Maroc et appelle la jeunesse et les forces progressistes à resserrer les rangs face à la répression.
Lyes S.

