Message du Président Tebboune au NEPAD : L’Algérie « a fait de son appartenance africaine un choix stratégique »
Dans un message lu en son nom au sommet des États fondateurs du NEPAD, à El Alamein, le président de la République a salué un quart de siècle d’action africaine commune, tout en appelant à combler le fossé entre ambitions et résultats. Il a mis en avant les projets d’intégration portés par l’Algérie, de la route transsaharienne au gazoduc, et plaidé pour une souveraineté financière du continent.
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a affirmé, samedi, que l’Algérie « a fait de son appartenance africaine un choix stratégique constant », qu’elle s’est attachée à traduire en initiatives et en projets concrets pour l’intégration et la connectivité entre les pays du continent. Le chef de l’État s’exprimait dans un discours lu par le président du Conseil de la nation, M. Azouz Nasri, lors du Sommet des États fondateurs de l’initiative du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), organisé à El Alamein, en Égypte, à l’occasion du 25e anniversaire de l’initiative.
M. Tebboune a rappelé que le NEPAD est né d’une conviction fondamentale, celle que « la libération politique ne saurait être complète sans émancipation économique », et « l’Afrique ne peut construire son avenir qu’en s’appuyant sur ses propres capacités et en renforçant la solidarité et l’intégration entre ses États et ses peuples ». Il a replacé l’initiative dans une longue séquence, du Plan d’action de Lagos de 1980 à la transformation du NEPAD en Agence de développement de l’Union africaine. Il a aussi rendu hommage à l’héritage du défunt président Houari Boumediene, qui défendait le droit des peuples africains à la souveraineté sur leurs ressources et appelait à un ordre économique international plus juste.
Le président de la République a estimé que « nous pouvons à juste titre nous enorgueillir des réalisations accomplies » dans les infrastructures, le développement humain, la gouvernance et l’intégration économique. Il a toutefois invité à reconnaître objectivement « le fossé qui subsiste entre les grandes ambitions que nous nous sommes fixées et les résultats obtenus sur le terrain ». Pour lui, la question n’est plus seulement ce qui a été accompli en 25 ans, mais comment faire de la prochaine étape celle de l’accélération. « Le défi aujourd’hui consiste à passer de la planification à la mise en œuvre, des approches fragmentées à des projets et programmes structurants à large impact, et de l’annonce des engagements à la concrétisation de résultats tangibles et mesurables, ayant une incidence directe sur la vie du citoyen africain », a-t-il insisté. Il a ajouté que l’appropriation africaine du développement suppose aussi des moyens croissants de financement, d’exécution, de suivi et d’évaluation.
Des projets concrets pour relier le continent
Une ambition qui nécessite des infrastructures. Dans ce sens, le président de la République a mis en avant les projets structurants lancés par l’Algérie pour encourager l’intégration africaine et soutenir une croissance et une prospérité partagées. Le chef de l’État a cité en premier la route transsaharienne, qui relie l’Algérie à cinq pays africains. Elle constitue un axe stratégique d’échange et d’intégration économique, qui contribue à désenclaver de vastes zones du Sahel. Il a également évoqué la route Tindouf-Zouérate, en Mauritanie, l’extension du réseau ferroviaire vers le Sud, la dorsale transsaharienne à fibre optique, qui doit renforcer la connectivité numérique au Sahel, et le gazoduc transsaharien, présenté comme un projet stratégique de coopération énergétique. Convaincue que l’investissement dans l’humain est au cœur de tout développement durable, l’Algérie a formé, depuis l’indépendance, des dizaines de milliers de cadres africains et offre chaque année des formations et des bourses aux étudiants du continent. Ces projets, a souligné le Président Tebboune, ne sont pas vus comme des réalisations nationales, mais comme « des pierres » dans la construction d’un espace africain plus interconnecté.
Financement : une souveraineté à bâtir
Sur un autre volet, le président de la République a décrit le déficit de financement comme l’une des principales difficultés du continent. Il a appelé l’Afrique à mobiliser ses ressources propres, à orienter l’épargne et les capitaux africains vers ses priorités et à renforcer les institutions financières continentales. Il a aussi défendu un système financier international plus équitable. Le secteur privé reste un partenaire central, a-t-il rappelé, ce qui suppose d’améliorer le climat des affaires et de développer les partenariats public-privé et les financements mixtes. L’Algérie plaide pour des moyens accrus au profit des projets phares de l’Agenda 2063 et pour une Zone de libre-échange continentale africaine qui soit un vrai levier de production et de commerce intra-africain. Elle soutient la création d’une agence africaine de notation de crédit, pour renforcer la souveraineté financière du continent et améliorer l’évaluation de ses économies. Elle continue de demander un traitement plus juste de la dette des pays en développement et une réforme profonde des institutions financières internationales. Sur le terrain, l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement accompagne et finance des projets dans les infrastructures, la santé, l’éducation, l’énergie et l’eau.
Le chef de l’État a jugé que l’Agence de développement de l’Union africaine s’est imposée comme un outil central. Pour franchir une nouvelle étape, elle doit toutefois devenir plus forte, plus flexible et mieux dotée, et éviter les chevauchements avec la Commission de l’UA et les communautés économiques régionales. « Le pari n’est pas de créer davantage de structures, mais de permettre à nos institutions existantes de transformer nos décisions politiques en projets et en résultats tangibles », a-t-il dit. Il a insisté sur le rôle des États fondateurs, non comme « un privilège historique », mais comme une responsabilité renouvelée. Rappelant que développement et stabilité vont de pair, il a exprimé la solidarité de l’Algérie avec les pays africains touchés par les crises sanitaires. Il a conclu en appelant à faire de cet anniversaire le début d’une nouvelle phase d’action commune, convaincu que « l’avenir de l’Afrique doit être façonné par une volonté africaine, au profit des peuples africains ».
Salim Amokrane

