Maroc : La colère sociale enfle
Au Maroc, la contestation sociale ne cesse de s’amplifier, révélant les défaillances persistantes d’un régime incapable de répondre aux revendications des travailleurs. Dans les secteurs sensibles de la santé et de l’éducation, le gouvernement d’Akhannouch, accusé de contourner les acquis légaux et sociaux des fonctionnaires, fait face à une montée en puissance des mobilisations. Les promesses officielles, jugées creuses et tardives, n’ont pas suffi à désamorcer une colère désormais installée et structurée. Dans la santé publique, les assurances du ministère concernant le maintien du versement des salaires depuis la trésorerie générale n’ont pas dissipé les craintes. Au contraire, les professionnels ont dénoncé un « flou inquiétant » entourant l’avenir de la centralisation des salaires et le statut du fonctionnaire dans le cadre des nouvelles lois sanitaires. Préoccupés par l’opacité gouvernementale, les travailleurs ont organisé des arrêts symboliques dans plusieurs établissements, estimant que la réforme en cours prépare discrètement un démantèlement progressif de leurs droits fondamentaux. Le malaise s’est aggravé lorsque la nouvelle architecture budgétaire du ministère, examinée au Parlement, a révélé l’intégration des salaires dans une rubrique intitulée « équipements et dépenses diverses ». Une décision jugée suspecte par la principale fédération syndicale de la santé, qui y voit le prélude à une externalisation ou à une fragmentation de la gestion salariale, mettant en péril la stabilité professionnelle de milliers d’agents. Les travailleurs ont réaffirmé leur refus catégorique de toute atteinte à leurs garanties matérielles et statutaires, rappelant que la centralisation des salaires reste un pilier essentiel de la fonction publique.
Le secteur de l’éducation n’est pas en reste. Quatre ans après un concours national visant au recrutement d’enseignants-chercheurs, les résultats définitifs n’ont toujours pas été rendus publics, plongeant des centaines de doctorants dans l’incertitude et la précarité. La coordination nationale des enseignants concernés dénonce un blocage volontaire, en violation manifeste du principe de transparence et d’égalité devant la loi. Malgré des décisions judiciaires exigeant la publication des résultats, le ministère continue de les retenir, suscitant l’accusation d’un mépris flagrant de l’État de droit. Dans ce climat explosif, les syndicats alertent sur le risque d’un basculement social. L’accumulation des frustrations, l’absence de dialogue réel et les réponses gouvernementales jugées dilatoires alimentent l’impression d’une gouvernance autoritaire, opaque et insensible. À mesure que les mobilisations se multiplient, le régime semble s’enfoncer dans une crise profonde, révélant l’ampleur des fragilités structurelles du pays.
L.S.

