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Sahara occidental : « La seule solution au conflit est l’autodétermination »

Le président sahraoui réaffirme le droit inaliénable de son peuple à l’indépendance et qualifie l’accord tripartite de 1975 de « trahison honteuse », tout en critiquant vivement la position de l’Espagne et les accords UE-Maroc.

À l’occasion de la Journée nationale du prisonnier politique sahraoui, le président de la République arabe sahraouie démocratique et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, a prononcé un discours sans concession dans lequel il réaffirme que la seule solution au conflit du Sahara occidental passe par l’exercice du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance. Dans des déclarations marquées par une fermeté diplomatique, le chef de l’État sahraoui a également dénoncé l’accord tripartite de Madrid de 1975 et critiqué la position de l’Espagne et de l’Union européenne dans ce conflit qui perdure depuis cinquante ans.

Le président Ghali a salué la position unanime du peuple sahraoui qui rejette toute solution au conflit en dehors de l’exercice de son « droit inaliénable, imprescriptible et non négociable à l’autodétermination et à l’indépendance ». Le dirigeant sahraoui a réitéré que son gouvernement exige l’application des dispositions de la légalité internationale face aux tentatives visant à saper la nature juridique de la question sahraouie en tant que processus de décolonisation inachevé. Dans son allocution, Brahim Ghali a réaffirmé la volonté permanente du Front Polisario, « seul et unique représentant du peuple sahraoui », de coopérer avec les efforts des Nations Unies pour parvenir à une solution juste et durable. Il a rappelé que le seul accord accepté par les deux parties au conflit et approuvé à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies demeure le plan de règlement ONU-OUA, devenu depuis l’Union africaine, adopté en 1991. Ce plan prévoit l’organisation d’un référendum d’autodétermination qui n’a jamais eu lieu, malgré les engagements internationaux. Le président sahraoui a réservé ses critiques les plus virulentes à l’accord tripartite de Madrid, signé le 14 novembre 1975 entre l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie, qu’il a qualifié de « grave erreur historique, de trahison honteuse du peuple sahraoui et de préjudice au droit international ». Cet accord, conclu alors que l’Espagne était puissance administrante du territoire, avait scellé le retrait espagnol et le partage du Sahara occidental entre le Maroc et la Mauritanie, sans consultation du peuple sahraoui. Cinquante ans après la signature de ce document, Brahim Ghali a déploré que « l’Espagne n’a pas corrigé sa position perfide et honteuse, tout en se vantant publiquement de soutenir la légitimité internationale en Palestine ». Le chef de l’État sahraoui a pointé du doigt la contradiction de Madrid, affirmant que « le gouvernement espagnol a oublié que son ancienne colonie, le Sahara occidental, est sous occupation marocaine, selon la même légitimité internationale ». Il a particulièrement regretté le soutien du gouvernement de Pedro Sanchez à la thèse expansionniste du Maroc, notamment depuis le revirement diplomatique espagnol de 2022 en faveur du plan d’autonomie marocain. Cette critique s’étend également aux accords commerciaux entre l’Union européenne et le Maroc que le président Ghali qualifie d' »illégaux » car ils permettent de « piller les richesses naturelles du Sahara occidental ».

Sur ce point crucial, Brahim Ghali a lancé un appel solennel à l’Union européenne pour qu’elle « s’abstienne de signer tout accord affectant les territoires, l’espace aérien ou les eaux territoriales du Sahara occidental sans le consentement du peuple sahraoui, par l’intermédiaire de son seul représentant légitime, le Front Polisario ». Cette position fait écho aux décisions successives de la Cour de justice de l’Union européenne qui ont jugé que les accords commerciaux UE-Maroc ne pouvaient s’appliquer au Sahara occidental sans l’accord explicite du peuple sahraoui.

Malgré la fermeté de son discours, le président sahraoui a également exprimé l’ouverture de son gouvernement au dialogue, affirmant la volonté de la partie sahraouie de discuter avec l’Union européenne et d’autres partenaires internationaux sur les questions relatives aux ressources naturelles du territoire. La commémoration du 8 novembre revêt une double signification pour le peuple sahraoui : elle marque l’anniversaire du démantèlement violent du camp de Gdeim Izik en 2010, qui avait fait plusieurs morts et conduit à l’emprisonnement de militants sahraouis, tout en étant dédiée à la cause des prisonniers politiques sahraouis détenus dans les prisons marocaines. 

Lyes Saïdi

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