Sécurité routière : Près de 4 000 morts sur les routes en 2025 !
Les chiffres donnent le vertige. En 2025, 3 838 personnes ont perdu la vie sur nos routes, selon les données rendues publiques jeudi par Lahcen Boubka, directeur d’études à la Délégation nationale pour la sécurité routière, invité de l’émission « L’Invité du jour » sur la Radio Chaîne 3. Une hécatombe qui s’aggrave d’une année sur l’autre. Le bilan complet est accablant. « 26 976 accidents corporels ont été enregistrés en 2025, faisant 37 020 blessés et 3 838 décès », a précisé M. Boubka. Par rapport à 2024, la tendance est à la dégradation sur tous les indicateurs : « le nombre d’accidents a augmenté de 2,68 %, celui des décès de 2,62 % et le nombre de blessés a connu une hausse de 4,9 % ». Rapporté à l’échelle d’une journée, ce bilan signifie plus de dix morts et une centaine de blessés chaque jour de l’année, un rythme qui place l’Algérie parmi les pays les plus touchés de la région par ce fléau. Derrière ces statistiques, une réalité que le spécialiste ne cherche pas à atténuer : le facteur humain est responsable de plus de 96 % de ces accidents. « Il s’agit principalement de l’inattention et de la baisse de vigilance des conducteurs, notamment en agglomération », a expliqué Lahcen Boubka, énumérant une longue liste de comportements à risque : « l’excès de vitesse, les dépassements dangereux, le refus de priorité, les manœuvres imprudentes, la non-utilisation des passages piétons et le non-respect des distances de sécurité ». Parmi les signaux d’alerte, l’un retient particulièrement l’attention des autorités : la montée en puissance des deux-roues motorisés dans la sinistralité routière. « Ils sont impliqués dans près de 24 % des accidents dans les grandes villes », a relevé le directeur d’études, qualifiant lui-même ce chiffre d’alarmant au regard d’un parc national estimé entre 200 000 et 300 000 scooters et cyclomoteurs. « C’est un chiffre énorme », a-t-il alerté, pointant une catégorie d’usagers souvent jeune, peu formée et circulant en dehors de tout cadre réglementaire strict.
Accentuer la sensibilisation
Face à cette situation, la Délégation nationale pour la sécurité routière mise sur la sensibilisation comme levier d’action prioritaire, faute de pouvoir agir à court terme sur l’ensemble des déterminants du risque. A l’orée du mois de Ramadhan, période traditionnellement associée à une recrudescence des accidents en raison de la fatigue, des horaires décalés et de la densification du trafic en soirée, une campagne spéciale de prévention a été programmée. La collaboration avec le ministère des Affaires religieuses, reconduite cette année, mobilisera les imams pour relayer des messages de prudence lors des prêches du vendredi, ciblant en particulier les conducteurs effectuant de longs trajets.
Ces efforts semblent porter des fruits, au moins ponctuellement. Durant le Ramadhan 2025, les chiffres avaient enregistré une inflexion encourageante par rapport à l’année précédente. « Nous avons constaté une diminution des accidents de l’ordre de 1,41 % et de 8,98 % des décès », a indiqué M. Boubka. Un résultat positif, mais qui reste fragile tant que les comportements au quotidien, hors périodes de mobilisation, ne connaissent pas une transformation durable. L’enjeu est de taille : faire reculer un bilan annuel qui, année après année, continue de creuser son sillon de deuil dans la société algérienne.
Malik Meziane

