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Déclaration d’Alger sur la souveraineté numérique : L’Afrique pose les bases de son indépendance technologique

Réunis à Alger dans le cadre de la manifestation « Global Africa Tech », les ministres africains des télécommunications ont adopté une déclaration historique engageant le continent sur la voie de la souveraineté numérique à l’horizon 2030. Ce document politique, porté par quatorze articles, dessine une feuille de route ambitieuse pour reprendre le contrôle sur les infrastructures, les données et la connectivité du continent.

Le sommet ministériel africain des télécommunications, organisé cette semaine à Alger, a marqué un tournant dans la manière dont le continent entend aborder sa transformation numérique. Présidé par le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, ce rendez-vous de haut niveau a rassemblé des ministres et responsables de différents pays africains, aux côtés de représentants d’organisations régionales et internationales, d’autorités de régulation et d’institutions de financement du développement. L’enjeu central qui les réunissait dépasse la simple question technique : il s’agit de définir collectivement les conditions d’une autonomie numérique africaine dans un monde où la maîtrise des données et des infrastructures numériques détermine de plus en plus la puissance des nations. Les travaux se sont articulés autour « des questions de souveraineté numérique et de connectivité intégrée en Afrique, considérées comme leviers importants du processus d’intégration continentale globale », selon le communiqué du ministère de la Poste et des Télécommunications. Le fruit de ces échanges a pris la forme de la Déclaration ministérielle d’Alger sur la souveraineté des télécommunications africaines et la connectivité intégrée, « un document politique continental fédérateur, composé de 14 articles consacrant des engagements en matière de connectivité intégrée, de protection des infrastructures numériques critiques, de souveraineté des données et de développement du capital humain ». Ces engagements, qui couvrent la période 2026-2030, s’inscrivent « en parfaite cohérence avec les Objectifs de développement durable (ODD) et l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA) ».

Concrètement, la feuille de route ainsi établie prévoit « un cadre continental intégré englobant le développement de centres de données, de points d’échange Internet et de solutions de Cloud souverain sur le sol africain, ainsi que le renforcement de la cyber-sécurité et le soutien aux écosystèmes technologiques issus du continent ». Pour donner corps à ces ambitions, les participants sont convenus de « créer un secrétariat général chargé du suivi et de la coordination entre les pays membres, de l’encouragement de l’échange d’informations et des meilleures pratiques, du soutien des projets prioritaires, et de la mobilisation des partenaires techniques et financiers ». La création de ce mécanisme institutionnel permanent témoigne de la volonté d’aller au-delà des déclarations d’intention pour ancrer la coopération numérique africaine dans une dynamique opérationnelle.

Dans une allocution prononcée à cette occasion, Sid Ali Zerrouki a souligné que « l’Algérie offre aujourd’hui un véritable modèle continental d’action commune », fondé sur la vision de « plusieurs réseaux, une seule convergence », visant à « assurer l’interopérabilité totale des infrastructures terrestres, maritimes, et spatiales du continent ». Le ministre a insisté sur la dimension stratégique de cette démarche, indiquant que les infrastructures de télécommunications « ne sont plus une simple question sectorielle, mais constituent désormais un pilier stratégique de souveraineté, de flexibilité, et d’inclusion, ainsi qu’une base indispensable pour la réalisation de l’intégration économique continentale ». Les participants au sommet ministériel ont par ailleurs exprimé « leur profonde gratitude et leur reconnaissance au président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, pour son engagement constant et ses efforts continus en faveur de l’émergence d’une Afrique forte, intégrée et influente, fondée sur une vision collective du développement et de la solidarité continentale ». Un hommage qui inscrit cette initiative diplomatique dans la stratégie algérienne de leadership continental, à l’heure où la bataille mondiale pour la souveraineté des données ne fait que commencer.

Salim Amokrane

admin

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