Fiat Tafraoui vise une production de 135 000 véhicules par an : Faire de l’Algérie un hub automobile régional
En deux ans à peine d’existence, l’usine Fiat de Tafraoui, près d’Oran, s’est imposée comme un acteur industriel crédible. Le groupe Stellantis vient d’annoncer une nouvelle phase d’expansion qui devrait transformer le site en véritable hub régional d’ici 2028. L’ambition est affichée sans détour. Le groupe automobile mondial Stellantis a officiellement annoncé le lancement d’un projet d’extension de son usine Fiat de Tafraoui, dans la wilaya d’Oran, avec pour objectif de porter la capacité de production annuelle de 90 000 à 135 000 véhicules à l’horizon 2028, tout en créant plus de mille emplois directs et indirects. Une décision qui confirme que l’Algérie occupe désormais une place stratégique dans la feuille de route industrielle du géant italo-américain pour la région Afrique-Moyen-Orient. Selon le communiqué de Stellantis Algérie, dont la teneur a été rendue publique, cette nouvelle phase d’expansion comprend l’élargissement des lignes de soudure de carrosseries et des opérations d’assemblage, ainsi que la construction d’une nouvelle unité de peinture. Des investissements lourds, techniquement significatifs, qui visent à « accompagner la croissance du site et à répondre à la demande sur le marché algérien », précise le texte. Plus encore, le communiqué indique que ces développements positionneront le site de Tafraoui « parmi les centres de fabrication les plus importants du groupe en Afrique et au Moyen-Orient » — une reconnaissance que l’établissement industriel algérien n’avait encore jamais obtenue à cette échelle.
Samir Cherfan, directeur des opérations de Stellantis pour la région Moyen-Orient et Afrique, ne cache pas sa satisfaction. « L’évolution continue de l’usine de Tafraoui reflète notre ambition de bâtir une industrie automobile moderne et compétitive en Algérie », a-t-il déclaré. Il rappelle que « en deux ans seulement, le projet a enregistré des réalisations importantes, depuis le lancement des opérations d’assemblage jusqu’à la mise en service des ateliers de peinture et de soudure ». Et d’ajouter que cette expansion permettra à Stellantis « d’avancer vers notre objectif de faire de l’Algérie une base industrielle solide et d’accélérer la croissance de l’écosystème industriel local du secteur automobile ».
La trajectoire du site est, il est vrai, impressionnante. Inaugurée en décembre 2023, l’usine de Tafraoui est passée d’une production de 17 000 véhicules en 2024 à 53 000 unités en 2025 — soit une multiplication par trois en un seul exercice. Les lignes de soudure de carrosseries métalliques et de peinture sont opérationnelles depuis septembre 2025, soutenant le lancement imminent de la Grande Panda, nouveau-né de la gamme Fiat, qui sera assemblée selon le système CKD — c’est-à-dire à partir de pièces importées mais assemblées localement, avec une intégration nationale croissante. L’objectif intermédiaire est fixé à 90 000 véhicules pour 2026, avant d’atteindre le palier des 135 000 unités annuelles en 2028. Sur le plan de l’intégration industrielle — enjeu politique autant qu’économique en Algérie —, Stellantis annonce la conclusion d’un accord avec une entreprise algérienne spécialisée dans l’emboutissage de pièces métalliques. Une avancée concrète qui, selon le groupe, « complète la chaîne de valeur et renforce l’écosystème industriel ». Elle ouvre également des perspectives nouvelles pour les fournisseurs et partenaires locaux, appelés à monter en puissance au fur et à mesure que les volumes de production augmentent. Les enjeux dépassent largement le cadre d’un simple investissement industriel. Pour l’Algérie, qui cherche à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, la montée en puissance d’une filière automobile nationale constitue un levier de transformation structurelle. La création de mille emplois, la densification du tissu de sous-traitants locaux et l’acquisition de savoir-faire technologique s’inscrivent dans cette logique. L’ère des usines d’assemblage sommaire, souvent réduite au seul gonflage de pneus, semble bel et bien révolue. Tafraoui, avec ses ateliers de soudure et de peinture désormais en activité, en est la démonstration la plus éloquente.
Samir Benisid

