Culture

Gravures rupestres : Le Tassili en fête pour le Mois du Patrimoine

Pour célébrer le Mois du Patrimoine — qui court du 18 avril au 18 mai —, l’Office national du parc culturel du Tassili n’Ajjer a élaboré, depuis Djanet, un programme dense mêlant expositions, colloques, ateliers et sorties de terrain, destiné à faire rayonner l’un des héritages les plus exceptionnels du continent africain auprès du grand public comme des professionnels. Le Tassili n’Ajjer, ce vaste plateau du sud-est algérien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, n’est pas seulement un décor de pierre et de sable. C’est une mémoire vive : des milliers de gravures et de peintures rupestres y témoignent de huit millénaires de présence humaine, dans un paysage géologique que les spécialistes comptent parmi les plus spectaculaires du Sahara. Chaque année, le Mois du Patrimoine est l’occasion de rappeler que cette mémoire est fragile — et que sa transmission ne va pas de soi.

Cette année, l’Office a décidé de frapper large. Des expositions consacrées au patrimoine culturel de la région sont prévues simultanément à Djanet, Illizi et Bordj El-Haouès. À Djanet, des journées portes ouvertes se tiendront du 26 au 28 avril, invitant le public à explorer les différentes composantes du patrimoine matériel et immatériel local. « Ces journées sont pensées pour faire découvrir au grand public ce qui constitue l’identité profonde de cette région », a expliqué à l’APS Brahim Mokhtari, chef du service communication de l’Office, en soulignant l’ambition pédagogique de la démarche. Le volet scientifique du programme est tout aussi nourri. Deux colloques sont au programme : le premier portera sur le patrimoine culturel et naturel du Tassili et les menaces qui pèsent sur lui — érosion, fréquentation touristique mal encadrée, changement climatique ; le second se concentrera sur l’activité touristique dans la région et sur la déontologie des professionnels du secteur. Une journée d’étude sur les mécanismes de préservation du patrimoine culturel et naturel viendra compléter ce dispositif. Dans une région où le tourisme saharien reprend progressivement après des années difficiles, la question de l’encadrement des visites est loin d’être anodine.

Les ateliers spécialisés aborderont, quant à eux, des questions concrètes : les législations patrimoniales face aux défis contemporains, les techniques de conservation et d’entretien de l’art rupestre — un domaine où chaque intervention maladroite peut être irréversible — et le rôle des médias dans la valorisation de ce patrimoine. Ces sessions s’adressent en priorité aux professionnels du secteur, mais aussi aux journalistes et acteurs associatifs impliqués dans la vie culturelle locale. La formation occupe une place de choix dans le programme. Les guides touristiques bénéficieront de sessions dédiées, indispensables pour assurer une médiation de qualité sur le terrain. Des ateliers d’apprentissage de l’écriture tifinagh — alphabet millénaire des Touaregs, toujours vivant — sont également prévus, tout comme des formations à l’utilisation des technologies modernes pour le suivi du patrimoine naturel. Les enfants ne sont pas oubliés : des activités ludiques combinant jeux et travaux manuels traditionnels leur sont réservées, tandis que des séances spécifiques sont organisées à l’intention des personnes aux besoins spécifiques. Sur le terrain, l’Office entend aller au-delà des salles de conférence. Des interventions de proximité, menées en coordination avec les acteurs locaux, sont programmées sur plusieurs sites pour des actions concrètes de préservation. Des sorties pédagogiques sur les principaux sites culturels de la région sont prévues pour les élèves, dans le prolongement du travail effectué en classe. Des émissions radiophoniques accompagneront l’ensemble du programme, pour toucher un public plus large et relayer les efforts de l’État en matière de sauvegarde du patrimoine.

Des opérations de nettoyage des sites archéologiques sont également inscrites au calendrier, ainsi que des initiatives pour encourager la lecture : création d’espaces dédiés et distribution de livres aux établissements scolaires et aux associations. Des gestes simples, mais qui disent quelque chose sur la philosophie du programme. « L’objectif est de renforcer la prise de conscience de la société sur l’importance du patrimoine et la nécessité de le préserver, en associant à cette démarche tous les acteurs concernés », ont résumé les responsables de l’Office.

Mohand S.

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