Culture

15e Festival international de musique symphonique : Quand Schubert rencontre Dahmane El Harrachi

Le 15e Festival international de musique symphonique a tenu, samedi, deux soirées d’exception. À l’Opéra d’Alger, l’Autriche, l’Italie et l’Égypte ont partagé la scène devant un public conquis. À Constantine, l’Orchestre du Festival russe a plongé la salle du Théâtre Fergani dans les profondeurs du répertoire slave.

Samedi soir, l’Opéra Boualem-Bessaih d’Alger n’avait rien d’une salle ordinaire. Le corps diplomatique accrédité en Algérie avait pris place dans le public, aux côtés d’un parterre nombreux venu pour la troisième soirée du festival, consacrée à trois formations venues d’Autriche, d’Italie et d’Égypte. La programmation était ambitieuse, le résultat à la hauteur.

C’est le trio autrichien Accio Piano qui a ouvert les feux. Christina Scheicher au piano, Clemens Böck au violon et Anne Sophie Keckeis au violoncelle ont interprété plusieurs pièces du grand répertoire, à commencer par Franz Schubert et son « Mouvement de sonate », puis Mel Bonis avec « Soir et Matin » et Joseph Haydn, autre pilier viennois du XVIIIe siècle. Mais le moment qui a littéralement électrisé la salle est venu d’ailleurs, de beaucoup plus près. Le trio a joué « Ya Rayeh », la chanson emblématique de Dahmane El Harrachi sur l’exil, dans un arrangement signé Lotfi Saidi. Cette version symphonique de la chanson la plus universelle du chaâbi algérien, reprise par trois musiciens autrichiens sur la scène de l’Opéra d’Alger, avait quelque chose d’inattendu et de juste à la fois. Le public, visiblement touché, a longuement applaudi.

L’Orchestre de chambre italien Ferruccio Busoni a ensuite pris le relais sous la baguette de Massimo Belli. Le programme avait une couleur particulière : celle des musiques qui ont traversé le cinéma et la danse du XXe siècle. Ennio Morricone, dont le nom reste indissociable de la bande originale de « La Bataille d’Alger » réalisée par son compatriote Gillo Pontecorvo, a naturellement occupé une place de choix. Autour de lui, Astor Piazzolla et ses tangos argentins, Giuseppe Verdi, Nino Rota et Luis Bacalov ont composé un programme qui oscillait entre grandeur dramatique et mélancolie méditerranéenne. Une façon habile de rappeler que la frontière entre musique dite savante et musique populaire n’a jamais été aussi poreuse qu’on veut bien le croire.

La soirée s’est conclue avec l’Orchestre symphonique du Caire, dirigé par Ahmed Essaedi. Les Égyptiens ont convoqué Mozart et Edvard Grieg, avec une partition qui ne s’est pas contentée de reproduire les standards : une performance soliste est venue introduire des arrangements aux couleurs résolument orientales, rappelant que le patrimoine musical arabe n’a pas besoin de se dissoudre dans le répertoire occidental pour dialoguer avec lui.

À deux cents kilomètres de là, à Constantine, c’est une toute autre ambiance qui régnait au Théâtre régional Mohamed Taher Fergani. La salle plongée dans une pénombre élégante, la scène éclairée avec soin, l’Orchestre du Festival russe a proposé un programme centré sur le répertoire slave, avec des extraits inspirés de « Roméo et Juliette » d’Igor Stravinsky et des œuvres de Sergueï Taneïev, compositeur moins connu du grand public mais dont l’écriture contrapuntique a visiblement retenu l’attention. Le chef Mikhaïl Antonenko a conduit l’ensemble avec une précision qui n’excluait pas la sensibilité.

La soirée a été rehaussée par trois solistes : la violoniste Eva Placun, la soprano Daniela Kondrat et Natalia Gabon au piano. Leurs interventions ont été chaleureusement applaudies par un public qui n’avait pas l’air de vouloir rentrer chez lui de sitôt.

Le 15e Festival culturel international de musique symphonique se poursuit jusqu’au 7 mai à l’Opéra d’Alger, avec des orchestres et ensembles venus de 21 pays. La République tchèque est cette année l’invitée d’honneur.

Mohand Seghir

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