Mausolée numide d’Imedghassen : Un monument de plus de 2000 ans à sauvegarder
La maison de la culture Mohamed Laïd Al Khalifa de Batna a accueilli, samedi, une journée d’étude consacrée au mausolée numide d’Imedghassen, organisée en marge du 6ème Festival cinématographique international Imadghassen — dont la quatrième édition se tient du 5 au 11 mai. Chercheurs, archéologues et responsables du patrimoine y ont débattu de l’histoire, de la sauvegarde et de la valorisation numérique de ce monument vieux de plus de 22 siècles.
Le mausolée d’Imedghassen, qui remonte à la fin du IVème siècle et au début du IIIème siècle avant J.-C., reste l’un des monuments funéraires antiques les plus anciens d’Afrique du Nord. Les intervenants ont insisté sur sa singularité architecturale et sur ce qu’il dit, concrètement, des sociétés berbères antiques des Aurès. Pour le Dr. Hocine Taotaou, directeur de l’annexe d’Oum El Bouaghi du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques, « Imedghassen est un témoin authentique d’une civilisation nationale aux racines historiques très lointaines. » Une formulation qui résume bien l’enjeu central de la journée : replacer ce monument dans la longue durée de l’histoire algérienne, et non le réduire à une curiosité archéologique locale. Le Dr. Hamza Touali, du département d’archéologie de l’université Sétif-2, a mis en avant la place qu’occupe ce mausolée royal numide dans la littérature médiévale. Les grands voyageurs et géographes arabes, El Bikri et Ibn Khaldoun en tête, en avaient déjà fait la description dans leurs écrits. Ce n’est donc pas un monument redécouvert récemment : il a traversé les siècles avec une reconnaissance constante, ce que les chercheurs présents ont jugé utile de rappeler à l’heure où sa protection physique reste un chantier inachevé.
Car la question de la sauvegarde a occupé une bonne part des débats. Abderazak Bensalem, chef du service du patrimoine à la direction de la culture et des arts, a présenté les efforts engagés en ce sens, notamment l’inscription d’une opération de protection qualifiée de « récente ». Sans entrer dans le détail des délais ou des financements mobilisés, son intervention a permis de mesurer où en est l’État dans la prise en charge concrète du site.
L’autre temps fort de la journée a été l’exposé du Dr. Meriem Seghiri, du Centre de recherche en aménagement du territoire de Constantine, consacré à la modélisation numérique 3D d’Imedghassen. L’idée : créer une représentation virtuelle assez précise du monument pour permettre une visite à distance. L’initiative répond à un double impératif. D’un côté, rendre le site accessible à un public qui ne peut pas se déplacer sur place. De l’autre, disposer d’une archive numérique du monument dans son état actuel — ce qui n’est pas anodin pour un édifice exposé aux intempéries et au temps depuis plus de deux millénaires.
La journée a été organisée par le commissariat du festival en coordination avec la direction de la culture et des arts de Batna. Sa tenue en marge d’un festival cinématographique n’est pas anodine : Imadghassen prend pour emblème ce mausolée, et la programmation de rencontres scientifiques autour de lui traduit une volonté de donner au festival une dimension patrimoniale qui dépasse le seul écran.
Mohand Seghir

