Coopération énergétique algéro-nigérienne : Les activités de Sonatrach sur le champ de Kafra au cœur de discussions
Le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, s’est entretenu dimanche par visioconférence avec son homologue nigérien, Hamadou Tini, en présence de cadres des deux secteurs. La rencontre a constitué, selon le communiqué du ministère, « une occasion pour passer en revue l’état et les perspectives de la coopération bilatérale entre l’Algérie et le Niger dans le domaine des hydrocarbures, et d’examiner les voies et moyens à même de la renforcer et de la développer au service des intérêts communs des deux pays frères ». Le communiqué précise que les deux parties ont également abordé « les dernières évolutions des activités du groupe Sonatrach en République du Niger, notamment au niveau du champ pétrolier du périmètre de Kafra ». Le bloc de Kafra, 23 737 kilomètres carrés de terrain sédimentaire dans le nord du Niger, cristallise l’essentiel des enjeux de ce partenariat depuis une vingtaine d’années. Le premier contrat d’exploration remonte à 2005. Les premières découvertes ont été réalisées en 2018 et 2019 par SIPEX, filiale internationale de Sonatrach. Le puits KFR-1 recèlerait environ 168 millions de barils d’huile lourde, le puits KFRN-1 près de 100 millions de barils supplémentaires d’un brut cireux à forte teneur en paraffines. Un contrat de partage de production a été signé entre SIPEX et la Société nigérienne du pétrole (SONIDEP), faisant de Sonatrach l’opérateur du bloc. Mais le projet est ensuite entré dans une longue hibernation, avant d’être relancé de manière décidée en janvier 2026 lors de la visite à Niamey du ministre Arkab, accompagné du PDG de Sonatrach Noureddine Daoudi et du directeur général de SIPEX Bouarara Cherif.
La dynamique s’est accélérée lors de la 2e session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne de coopération, tenue à Niamey les 23 et 24 mars 2026 sous la coprésidence du Premier ministre Sifi Ghrieb et de son homologue nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine. Un mémorandum d’entente algéro-nigérien dans le domaine des hydrocarbures y a été signé le 24 mars 2026. Dans la foulée, SIPEX annonçait le lancement d’une nouvelle campagne de forage sur le bloc de Kafra début avril, portant sur plusieurs puits, avec l’objectif d’évaluer le potentiel du gisement après une phase d’études préparatoires.
Dimanche, les deux ministres ont donc fait le point sur ces avancées. Le communiqué indique qu’il a été procédé à « un examen du niveau d’avancement des travaux d’aménagement et d’exploration du périmètre de Kafra, ainsi qu’au suivi du niveau de coordination entre le groupe Sonatrach, à travers sa filiale SIPEX, et la Société nigérienne du pétrole (SONIDEP) ». L’accent a été mis sur « l’importance d’associer les institutions et entreprises nigériennes aux projets énergétiques, dans le cadre de la promotion du contenu local et du soutien au développement économique de la République du Niger ».
Ce volet contenu local n’est pas secondaire. Lors de la Commission de mars à Niamey, la partie algérienne avait salué la proposition nigérienne d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération par l’octroi de blocs d’exploration supplémentaires, signalant la confiance accordée à l’expertise algérienne. Dans ce même esprit, l’entretien de dimanche a porté sur les moyens de renforcer la coopération en matière de formation et de transfert de technologie, par des programmes de formation destinés aux cadres et techniciens nigériens, et par le développement de partenariats entre les sociétés nationales des deux pays, Sonatrach, SONIDEP et Naftal, notamment dans le transport, le stockage, la distribution et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en produits pétroliers.
Les discussions de dimanche s’inscrivent dans une dynamique qui déborde largement du seul champ de Kafra. Le 3 juin à Alger, lors de la 5e réunion ministérielle du comité de pilotage du projet de gazoduc transsaharien (TSGP), l’Algérie, le Niger et le Nigeria avaient validé le rapport final de l’étude de faisabilité actualisée du projet et réaffirmé leur volonté d’en accélérer la mise en œuvre. Le lendemain, les travaux du tronçon algérien de ce pipeline de plus de 4 000 kilomètres étaient officiellement lancés dans l’extrême sud du pays, qualifiés d’« événement historique » par Alger. Le même 2 juin, trois mémorandums d’entente avaient été conclus à Alger entre des filiales de Sonatrach et SONIDEP, couvrant l’exploration pétrolière, les activités de forage et la distribution de produits pétroliers.
À Niamey également, le 3 juin, le Premier ministre Sifi Ghrieb inaugurait la centrale électrique de solidarité algéro-nigérienne de 40 mégawatts de Gorou Banda, réalisée à titre de don par l’Algérie après la pose de sa première pierre en mars dernier. En six mois, les deux pays ont signé un mémorandum pétrolier, lancé des forages, inauguré une centrale, relancé le TSGP et signé trois accords sectoriels supplémentaires. Les deux ministres ont conclu leur échange en réaffirmant, selon le communiqué, « leur volonté commune de poursuivre le renforcement de la coopération bilatérale dans le secteur des hydrocarbures et de concrétiser les projets convenus, contribuant ainsi au soutien du développement économique et à la promotion de l’intégration énergétique entre les deux pays ».
Samira Ghrib

