Gaz naturel : Le GECF appelle l’Union européenne à revoir son règlement sur le méthane
Le Secrétaire général du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), M. Philip Mshelbila, a plaidé pour une révision du règlement européen sur les émissions de méthane, lors d’un entretien accordé au format Newsmaker du forum Reuters NEXT consacré à l’énergie. Il y a réaffirmé le rôle central du gaz naturel dans l’avenir énergétique mondial et mis en garde contre les effets pervers d’une réglementation jugée trop rigide pour les fournisseurs internationaux. M. Mshelbila a souligné l’importance durable du gaz naturel comme source d’énergie fiable, flexible et indispensable, face à une demande mondiale portée par la croissance démographique, l’urbanisation et la transformation numérique. Le gaz naturel demeurera selon lui une composante essentielle du mix énergétique mondial à mesure que les pays s’orientent vers des systèmes moins carbonés, en apportant sécurité, flexibilité et stabilité aux marchés. Le Secrétaire général a insisté sur la nécessité d’une coopération internationale renforcée face aux défis climatiques, estimant que des solutions efficaces appellent une action collective et une responsabilité partagée. Il a qualifié le dossier du méthane de défi planétaire nécessitant une réponse coordonnée, rappelant que l’atmosphère ne connaît pas de frontières. « Nous avons une seule planète et une seule atmosphère, et les émissions de méthane, où qu’elles se produisent, peuvent affecter le reste du monde », a-t-il déclaré.
Le responsable du GECF a appelé à la poursuite du dialogue entre producteurs, fournisseurs et acteurs des marchés afin de bâtir des solutions pragmatiques et équilibrées. Certaines exigences du règlement européen, notamment celles devant entrer en vigueur en janvier 2027, pourraient selon lui poser des difficultés à de nombreux fournisseurs en raison des écarts de capacités techniques d’un pays à l’autre. Sans approche concertée, a-t-il averti, ces mesures risqueraient de détourner des volumes de gaz vers d’autres marchés sans réduire les émissions à l’échelle globale. Il a plaidé pour des mécanismes fondés sur l’incitation plutôt que sur la sanction, jugeant que des dispositifs centrés sur les pénalités ne permettraient pas d’obtenir des progrès réels.
Alger, Washington, Doha et Abuja dans une démarche commune
Cette sortie du Secrétaire général intervient quelques jours après une démarche diplomatique impliquant directement l’Algérie sur le même dossier. Le 23 juin 2026, l’Algérie a signé une lettre ouverte conjointe appelant à la révision du règlement européen sur le méthane, adressée à la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, au président du Conseil européen, M. Antonio Costa, ainsi qu’aux dirigeants des Etats membres de l’UE, selon un communiqué du ministère algérien des Hydrocarbures.
La lettre a été cosignée par M. Mohamed Arkab, ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, par M. Saad Sherida Al Kaabi, ministre d’Etat aux Affaires énergétiques du Qatar, par M. Ekperikpe Ekpo, ministre d’Etat chargé des Ressources pétrolières du Nigeria, et par M. Chris Wright, secrétaire à l’Energie des Etats-Unis. Le texte appelle à des mesures urgentes pour clarifier et amender le règlement, évoquant l’impossibilité pour une large part des exportations pétrolières et gazières destinées au marché européen de satisfaire les exigences de mesure et de vérification dans les délais prévus à partir de janvier 2027, sous peine de perturbations des approvisionnements et de hausse injustifiée des prix de l’énergie.
Parmi les principales revendications figurent l’adoption d’un mécanisme suspensif laissant le temps d’élaborer des méthodologies adaptées, la protection des nouveaux contrats conclus durant la transition, ainsi que la levée des sanctions liées à la non-conformité durant cette même phase. Le ministère des Hydrocarbures a souligné que Sonatrach et ses partenaires ont déployé des efforts concrets et injecté des investissements considérables dans la réduction des émissions de méthane, en cohérence avec les engagements internationaux de l’Algérie. S’exprimant à l’occasion de cette signature, M. Mohamed Arkab a affirmé que « l’Algérie adhère à cette initiative collective sur la base d’un partenariat stratégique ancré avec l’Union européenne, avec pour objectif fondamental de soutenir la sécurité énergétique européenne et d’assurer la continuité des approvisionnements », appelant à « une approche pragmatique conciliant les exigences de la durabilité environnementale et les impératifs de la sécurité énergétique ». Le ministère des Hydrocarbures a précisé que l’Algérie entend maintenir sa présence active dans le dialogue avec les institutions européennes, en vue d’un cadre réglementaire équilibré préservant les intérêts communs de toutes les parties.
Amar Malki

