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Décarbonation : Sonatrach et ENI coopèrent pour resserrer le robinet du méthane

Sonatrach et Eni ont paraphé lundi à Alger un nouveau protocole d’intention consacré à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, trois ans après un premier mémorandum qui avait déjà permis de réduire sensiblement les fuites de méthane sur les installations exploitées conjointement par les deux groupes.

Sonatrach et le groupe italien Eni ont signé lundi à Alger un protocole d’intention portant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre en Algérie, s’appuyant sur les meilleures pratiques internationales du secteur pétrolier et gazier, a annoncé la compagnie nationale des hydrocarbures dans un communiqué. Le texte vise, selon Sonatrach, à « identifier et promouvoir des opportunités et initiatives concrètes visant la décarbonation du secteur pétrolier et gazier et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, y compris le méthane, en Algérie ». Ce n’est pas un coup d’essai. L’accord s’inscrit dans le prolongement d’un mémorandum d’intention conclu en 2023 entre les deux compagnies, consacré à « la coopération technologique pour la réduction et la valorisation du torchage du gaz, ainsi que pour le développement de technologies de réduction des émissions ».

Trois années de travail commun ont déjà porté leurs fruits. Les bilans énergétiques dressés depuis 2023 ont permis, selon le communiqué, d’identifier « des opportunités d’intérêt mutuel et de mettre en œuvre des actions concrètes ». Un programme d’activités conjointes a ainsi vu le jour, mêlant analyses techniques, renforcement des capacités et visites de terrain sur les sites de production, avec pour objectif de traquer les émissions fugitives et de méthane. Des formations ciblées ont même permis, précise Sonatrach, « de mettre en œuvre immédiatement et précisément les mesures sur le site ». Parmi les résultats concrets de cette coopération figure une campagne de détection et de réparation des fuites, connue sous l’acronyme LDAR, qui a permis selon la compagnie de « réduire considérablement les émissions fugitives ». Ces campagnes de mesure sont désormais menées de façon autonome et systématique sur les groupements exploités en commun par Sonatrach et Eni. Une évaluation des émissions de référence a par ailleurs été réalisée sur six installations partagées par les deux partenaires, socle sur lequel s’appuiera la suite des travaux. Le nouveau protocole signé lundi doit permettre de poursuivre ce chantier tout en ouvrant de nouveaux fronts, notamment autour des initiatives de captage naturel du carbone, à travers le projet forestier porté par Sonatrach.

Ce texte intervient à un moment particulier pour l’industrie gazière. Le règlement européen sur le méthane importé, adopté fin 2024, doit entrer en vigueur dans les prochains mois, ce qui pousse les producteurs exportant vers l’Union européenne à documenter et réduire leurs émissions sous peine de restrictions d’accès au marché communautaire. Un mois plus tôt à peine, Sonatrach avait déjà noué un accord voisin avec l’allemand Siemens Energy sur la réduction du torchage routinier, signe d’une accélération des partenariats techniques sur ce dossier.

Stratégie climatique

Sur le terrain, les efforts commencent à se voir dans les statistiques. L’Algérie a enregistré en 2024 la deuxième meilleure performance mondiale en matière de réduction du torchage, avec une baisse de 5% des volumes brûlés en une seule année, selon des données de la Banque mondiale. Depuis 2020, la tendance baissière atteindrait même 28%, soit l’équivalent d’un milliard de mètres cubes de gaz épargnés, selon des chiffres communiqués par la direction HSE du groupe. Le gaz encore torché représente pourtant un manque à gagner de plusieurs milliards de dollars chaque année pour l’économie nationale.

Cette coopération climatique s’inscrit dans une relation plus large entre les deux groupes, qui ont également signé en juillet 2025 à Rome, en marge d’une visite officielle du président Abdelmadjid Tebboune en Italie, un protocole d’accord destiné à augmenter la production gazière algérienne de 5,5 milliards de mètres cubes par an d’ici 2028, tout en renforçant leur collaboration sur les énergies renouvelables. Elle rejoint aussi la stratégie climat que Sonatrach a officiellement lancée en 2024, laquelle vise l’équilibre entre émissions et absorptions à l’horizon 2050. Cette feuille de route prévoit l’élimination totale du torchage de routine et la fin des émissions de méthane d’ici 2030, un vaste programme de plantation destiné à capter le carbone sur plusieurs centaines de milliers d’hectares, ainsi que l’exploration de sites de séquestration du CO2 dans d’anciens réservoirs déplétés, dans la continuité de l’expérience pionnière menée dès 2004 sur le site de Krechba.

Eni, de son côté, présente une expérience étoffée dans les énergies renouvelables, le bio-raffinage et l’économie circulaire, des compétences que le groupe italien met régulièrement en avant dans les pays où il opère aux côtés de ses partenaires locaux.

Samira Ghrib

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