Pouvoir d’achat, hausse des salaires, et lutte contre la spéculation : Les engagements fermes de Tebboune
Lors de son entrevue périodique avec la presse nationale, le président de la République a fait du pouvoir d’achat une ligne rouge. Face à la flambée de certains produits, il promet la rigueur de la loi, une baisse des prix dans les délais les plus brefs et la concrétisation en 2027 des 53 % restants de la revalorisation des salaires.
Le président Abdelmadjid Tebboune a érigé le pouvoir d’achat des Algériens en ligne rouge, samedi soir, lors de son entrevue périodique avec des représentants de la presse nationale, diffusée à la télévision et à la radio publiques. Dénonçant la spéculation qui frappe certains produits de large consommation, le chef de l’État a ordonné au gouvernement une baisse des prix dès dimanche 4 octobre, promis des sanctions aux fautifs et réaffirmé que les augmentations de salaires restantes seront versées à partir de 2027.
La cupidité plutôt que la fatalité
Le président de la République n’a pas éludé le sujet qui pèse sur les ménages. Il admet que la hausse de certains prix peut s’expliquer en partie. Les incendies de l’été dernier, qui ont touché plusieurs wilayas du centre et de l’est, ont réduit la disponibilité de certaines denrées et affecté la production agricole dans quelques régions. L’argument, toutefois, ne va pas plus loin à ses yeux, pour de nombreux produits, « la seule explication, c’est la cupidité » de certains qui « profitent des moments d’inattention pour sortir comme des parasites ». Les aléas climatiques, insiste-t-il, ne justifient « en aucun cas une hausse des prix de cette manière ».
Le chef de l’État met en avant l’effort consenti par la collectivité en faveur du monde agricole. Électricité, gasoil, eau, engrais, le soutien public couvre l’essentiel des charges des exploitants. L’État, affirme-t-il, « a tout donné aux agriculteurs et personne ne peut le nier ». Il ne demande pas pour autant aux producteurs de se sacrifier. « L’agriculteur ne doit pas perdre certes, mais il ne faut pas exagérer sur les prix », a-t-il lancé sur un ton ferme.
Pour fixer les limites de l’acceptable, le président s’est appuyé sur le dispositif de soutien lui-même. L’Algérie subventionne 26 produits, dont cinq produits agricoles saisonniers. Sur ces denrées, a-t-il rappelé, une règle prévaut, « en principe, on ne touche pas à ces produits, sinon proportionnellement à l’impact des circonstances, une augmentation de 15 ou 20 %, mais pas de 400 % ». L’écart entre cette tolérance et les envolées constatées sur les étals résume, selon lui, l’ampleur de l’abus.
Les premières investigations ordonnées sous son autorité écartent par ailleurs la piste des producteurs. Le chef de l’État en a livré un exemple concret, celui de la tomate. « D’après les premières investigations, la majorité des agriculteurs ne sont pas responsables de la hausse des prix. L’agriculteur vend la tomate à 20 DA et elle est revendue à 140 dinars au consommateur. C’est un crime contre le peuple. » Le qualificatif n’a rien d’une formule en l’air, le président l’a répété et a assuré que le gouvernement ferait face à ces pratiques.
Deux engagements, un message aux spéculateurs
C’est sur cette base que le président a pris deux engagements publics. Le premier est celui de la fermeté. L’État appliquera la loi dans toute sa rigueur contre ceux qui spéculent sur les prix. « Nous allons y faire face (…) Celui qui faute, qu’il assume. Moi je dois préserver le pouvoir d’achat du citoyen en attendant de parvenir, fin 2027, à le rehausser encore plus », a-t-il promis. Il a ajouté une phrase qui sonne comme un avertissement. « Celui qui touche au peuple me touche, la base du développement c’est le citoyen », a-t-il averti.
Le second engagement est celui du résultat immédiat. Le chef de l’État a indiqué avoir transmis ses directives à l’exécutif pour un retour à la normale sans attendre. « J’ai donné des instructions au gouvernement, à partir de demain (dimanche 4 octobre) les prix vont baisser », a-t-il assuré. L’échéance est volontairement courte. Elle place le gouvernement devant une obligation de résultat et permet aux citoyens de juger sur pièces dès les prochains jours.
Salaires : les 53 % restants confirmés pour 2027
La protection du pouvoir d’achat ne se limite pas, dans le discours présidentiel, à la lutte contre la spéculation. Elle passe aussi par la revalorisation des revenus. Le chef de l’État a réitéré sa promesse de verser les augmentations de salaires prévues, qui seront inscrites au budget de l’année prochaine. Il a rappelé avoir déjà annoncé que « le versement de ces augmentations interviendra à partir de 2027 », décision à laquelle il dit rester attaché.
Il a chiffré l’effort restant. « Je me suis engagé à concrétiser les 53 % restants des augmentations des salaires, et je réitère cet engagement », a-t-il indiqué. Sur le fond, le message est constant : le pouvoir d’achat et la lutte contre la spéculation illicite constituent une priorité, avec le citoyen au cœur du développement.
Reconnaître la réalité de la hausse ne signifie pas, pour le président, accepter tous les discours qui l’accompagnent. Si « le citoyen a raison de se plaindre », a-t-il concédé, certains propos dépassent la mesure. « Il y a des propos exagérés que je ne prends pas en considération parce qu’ils sont erronés », a-t-il tranché, visant ceux qui affirment que le peuple ne mange pas à sa faim ou que le pays n’a jamais connu pareille flambée depuis soixante ans.
Marchands d’instabilité
Sur ce dernier point, la réponse est sans appel. « Ce sont des choses qui ne se disent pas (…) Celui qui dit ça fait 60 ans, c’est faux (…) l’exagération, ce n’est pas bien ». Le chef de l’État a rappelé que, « sous la Issaba », il était arrivé que l’ail atteigne 2.500 dinars le kilogramme, un souvenir qu’il oppose aux comparaisons alarmistes. Il a aussi estimé que, dans les moments difficiles, le citoyen se montre compréhensif. Il a enfin désigné ceux qui, selon lui, cherchent à tirer profit de la situation pour pousser le pays vers une « phase d’instabilité », en tentant d’« agiter une partie de la rue ». Il leur prédit l’échec, ainsi qu’à leurs inspirateurs, qui « se trompent encore plus » : « ils ne sont pas des Algériens et ne connaissent pas la réalité de l’Algérie ».
Le ton de l’entrevue reste cohérent d’un sujet à l’autre. Sur la corruption, le président a fait valoir que la numérisation a permis de démasquer des manipulations et que l’État « restera aux aguets ». Il a évoqué près de 1200 milliards de centimes d’indemnisations versés aux sinistrés des incendies, preuve, selon lui, que la solidarité nationale se traduit en actes. Dans le dossier des prix, c’est donc la même logique qui s’applique, des directives claires, un calendrier, et la promesse que nul ne profitera du peuple sans en répondre.
Samir Benisid

