Amnesty International met à nu un dispositif d’espionnage marocain contre les militants sahraouis : Le rapport qui accable le Makhzen
Amnesty International met à nu un dispositif d’espionnage marocain dirigé contre les défenseurs sahraouis des droits humains, alors que le Conseil de sécurité s’apprête à se pencher sur la MINURSO.
Un ancien membre des services de renseignement marocains a levé le voile sur la machine de surveillance du royaume. Dans un rapport publié vendredi à Londres sous le titre « Nous commençons par le verdict : au cœur de la machine de surveillance marocaine », Amnesty International décrit un système d’espionnage numérique à grande échelle, mis en œuvre par les autorités marocaines contre des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme, en particulier des militants sahraouis, selon l’agence de presse sahraouie SPS.
L’organisation de défense des droits humains fonde son enquête sur le témoignage d’un ex-agent qui s’exprime sous le pseudonyme de Safir, sur des analyses numériques et sur des documents techniques. Le document souligne le rôle central de la Direction générale de surveillance territoriale (DGST) ainsi qu’à Maroc Telecom dans l’exploitation de logiciels espions sophistiqués. Il cite Pegasus, Hacking Team et FinFisher, auxquels s’ajoutent des dispositifs de géolocalisation et d’écoute téléphonique.
Selon Amnesty, la surveillance ne sert pas uniquement à collecter des données. Elle constitue un instrument systématique pour fabriquer des accusations, justifier des arrestations et alimenter des campagnes de diffamation relayées par des médias proches du pouvoir. Photos et correspondances privées sont ainsi livrées à la vindicte publique, dans le but de réduire au silence les militants et de criminaliser un activisme pourtant pacifique au Sahara occidental, d’après les conclusions rapportées par SPS.
L’organisation réclame la libération immédiate des personnes détenues, l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violations imputées aux services de renseignement marocains et un moratoire mondial urgent sur la vente et le transfert de technologies de surveillance au Maroc, tant que des garanties en matière de droits humains n’auront pas été mises en place.
La MINURSO au menu du Conseil de sécurité
Ces révélations tombent à un moment sensible sur le plan diplomatique. Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra jeudi prochain, à huis clos, des consultations sur la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), a indiqué à SPS le représentant du Front Polisario auprès de l’ONU et coordinateur avec la MINURSO, Sidi Mohamed Omar. Les membres du Conseil entendront deux exposés, celui de l’Envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, et celui du Représentant spécial et chef de la MINURSO, Alexander Ivanko.
Pour le diplomate sahraoui, le règlement juste et durable du conflit passe par la garantie du droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, au moyen d’un référendum libre et transparent. Il a salué le soutien exprimé à la cause sahraouie lors du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale et rappelé que le secrétaire général de l’ONU a confirmé, dans son dernier rapport, que les instances onusiennes compétentes continuent de traiter la question comme une question de décolonisation.
À propos de la récente rencontre avec le représentant permanent des États-Unis, Mike Waltz, Sidi Mohamed Omar a expliqué qu’elle s’inscrivait dans le dialogue permanent avec les membres du Conseil et avec Washington, porte-plume du dossier MINURSO. La délégation sahraouie y a réaffirmé son attachement au processus politique onusien, tout en rejetant toute proposition contraire aux aspirations légitimes de son peuple ou visant à légitimer l’occupation marocaine, a-t-il ajouté.
Lyes Saïdi

