Ouverture du NAPEC à Oran : L’Algérie pivot énergétique face à des marchés sous tension
Le coup d’envoi de la 14e édition du Salon et Conférence de l’énergie et de l’hydrogène en Afrique et en Méditerranée sera donné lundi à Oran. Au moment où les marchés du gaz et du pétrole restent instables, le rendez-vous se présente comme la vitrine d’une Algérie qui entend s’imposer comme pivot énergétique entre l’Afrique et l’Europe.
Oran devient pour trois jours la capitale énergétique de la Méditerranée. Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, ouvre ce lundi, au Centre des conventions Mohamed-Benahmed, la 14e édition du NAPEC, qui se poursuivra jusqu’au 7 octobre. Un évènement qui intervient alors que les marchés énergétiques mondiaux traversent une zone de fortes turbulences. Placée sous le thème « De la transition énergétique à l’addition énergétique », la manifestation rassemble plus de 450 exposants et plus de 230 intervenants. On y trouve des compagnies pétrolières et gazières nationales et internationales, des fournisseurs de technologies, des sociétés d’ingénierie, des institutions publiques, des centres de recherche et des universités. Les organisateurs tablent sur plus de 25 000 participants. Sonatrach, Sonelgaz, TotalEnergies, Eni, ExxonMobil, Equinor, Pertamina, SLB, Halliburton et Baker Hughes comptent parmi les groupes attendus. La cérémonie d’ouverture réunira notamment la conseillère spéciale de la présidente namibienne pour le pétrole et le gaz, Cornelia Shilunga, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, le secrétaire général de l’APPO, Farid Ghezali, l’ambassadeur de l’Union européenne, Diego Mellado Pascual, ainsi que les responsables de Sonatrach, Noureddine Daoudi, d’Alnaft, Abdelkader Cherfaoui, et de l’ARH, Amine Remini.
Le programme est dense. Les conférences aborderont la diversification du mix énergétique, la sécurité des approvisionnements, l’accessibilité des coûts, la décarbonation et les interconnexions, ainsi que le développement du gaz, de l’hydrogène et des solutions bas carbone. Elles traiteront aussi des perspectives du secteur algérien des hydrocarbures, investissement, innovation, meilleure exploitation des champs matures et recours à la récupération assistée (EOR). Le rôle des régulateurs dans l’accélération des projets et la stabilité des marchés sera examiné, de même que l’efficacité énergétique, la numérisation, l’intelligence artificielle, la modernisation des réseaux et l’intégration des renouvelables. La question des exportations hors hydrocarbures et de la diversification de l’économie nationale figure également à l’ordre du jour. En marge des travaux, M. Arkab s’entretiendra avec des dirigeants de grandes sociétés et des partenaires technologiques pour explorer de nouvelles pistes de coopération, avant une visite des pavillons.
Gaz et hydrogène vert
Mais l’enjeu dépasse largement l’agenda. Le salon s’ouvre dans un climat où les tensions géopolitiques continuent de perturber les flux de gaz et de pétrole et d’alimenter la volatilité des prix. L’Agence internationale de l’énergie relève que les perturbations de l’offre gazière ont maintenu sous pression les marchés européen et asiatique en 2026, tandis que la demande européenne de GNL reste soutenue. Dans cet environnement, la sécurité d’approvisionnement n’est plus une simple préoccupation d’experts, elle redevient un impératif stratégique pour les consommateurs comme pour les producteurs. L’Algérie, qui s’affirme comme un fournisseur fiable pour les marchés régionaux et internationaux, y voit l’occasion de valoriser ses ressources et ses infrastructures.
Le thème retenu, « l’addition énergétique », traduit précisément la ligne défendue par Alger, combiner sources conventionnelles et énergies nouvelles plutôt que d’opérer une rupture immédiate avec les hydrocarbures. Cette approche répond à une réalité simple, celle d’une demande mondiale qui continue de croître et qu’aucune filière ne peut satisfaire seule. Elle permet aussi à l’Algérie de poursuivre un important programme d’investissement dans les hydrocarbures tout en développant de nouvelles filières, des énergies renouvelables à l’hydrogène vert.
Deux grands chantiers illustrent cette double démarche. Le premier est le gazoduc transsaharien (TSGP), mené avec le Nigeria et le Niger, dont les travaux du tronçon algérien ont été officiellement lancés en juin dernier. Adossé au hub gazier de Hassi R’Mel et aux infrastructures nationales de transport et d’exportation, il doit ouvrir un nouveau corridor pour le gaz africain vers les marchés internationaux, européens en particulier. Au-delà de l’énergie, c’est un projet d’intégration régionale et de coopération Sud-Sud. Le second est le corridor SoutH2, destiné à acheminer vers l’Europe l’hydrogène vert produit en Afrique du Nord. Il vient de franchir une étape avec la Déclaration ministérielle d’Alger, signée par l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, qui prévoit un secrétariat dédié, appuyé par l’ONUDI. Gaz d’un côté, hydrogène de l’autre, les deux corridors donnent corps à l’ambition d’un acteur central sur tous les segments de l’échiquier énergétique.
Reste à transformer les déclarations en contrats. C’est là que le NAPEC trouve sa raison d’être avec pour finalité de réunir en un même lieu décideurs, régulateurs, investisseurs et équipementiers, pour que les discussions de couloir d’Oran se traduisent en partenariats, en investissements et en projets. Au final l’édition 2026 du NApec se tient à l’heure où l’Algérie veut peser davantage sur les marchés gaziers et pétroliers sans manquer le virage de la transition.
Samira Ghrib

