Théâtre national algérien : Un projet de documentation de la mémoire scénique lancé
À l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, le Théâtre régional « Sirat Boumédiene » de Saïda a dévoilé jeudi un projet stratégique d’envergure visant à préserver et documenter le patrimoine théâtral de la ville. Cette initiative conjointe avec le Théâtre national algérien marque un tournant dans la valorisation de la vie culturelle locale en transformant la mémoire vive du théâtre en archives institutionnelles pérennes. L’événement, qui s’est déroulé sous le slogan « Le théâtre de Saïda, une mémoire vivante pour construire l’avenir », a réuni des intellectuels et des critiques de renom autour d’une réflexion fondamentale sur le rôle de la documentation culturelle dans la préservation de l’identité artistique régionale. Cette manifestation ne se limite pas à une simple commémoration ; elle marque l’émergence d’une approche nouvelle, institutionnelle et systématique, capable de transformer le patrimoine éphémère du théâtre en ressource durable pour les chercheurs et les générations futures. Au cœur de cette initiative figure le lancement du projet « Documentation et sauvegarde de la mémoire théâtrale de la ville de Saïda », présenté lors d’un séminaire scientifique intitulé « Le théâtre de Saïda : de l’oral à l’archivage institutionnel ». Les interventions se sont succédé, révélant une ambition profonde de repenser le rapport entre mémoire et création. Le professeur Dris KErkouane a proposé une réflexion poétique et érudite intitulée « Des âmes derrière le rideau : le théâtre de l’instant à l’éternité du document », questionnant la nature même de ce qui fait qu’une performance théâtrale transcende son caractère éphémère pour accéder à l’immortalité. Le dramaturge Mustapha Bouri a poursuivi cette réflexion en présentant « La Charte de la mémoire théâtrale de Saïda », un cadre normatif destiné à guider la collecte et la préservation des archives. Le critique théâtral Boubaker Skini, pour sa part, a dévoilé les contours du projet « Unité de documentation et de sauvegarde de la mémoire théâtrale de Saïda », qui servira de colonne vertébrale institutionnelle à cet ambitieux processus de documentation. Cette unité revêt une importance capitale : elle aura pour mission de rassembler le patrimoine théâtral local sous toutes ses formes, qu’elles soient écrites, visuelles ou orales, pour constituer un véritable fonds documentaire scientifiquement organisé. L’objectif affiché est de créer une base de données accessible, de faciliter la recherche académique et de transmettre aux générations à venir un héritage artistique actuellement menacé de disparition. Dans un contexte où la numérisation et la préservation numérique deviennent des enjeux majeurs de la sauvegarde culturelle, ce projet se positionne comme une réponse adaptée aux défis contemporains. L’une des initiatives les plus symboliques de la journée a été l’inauguration du « Coin de la mémoire » dans le hall du théâtre. Conçu comme une urne participative, ce dispositif invite artistes et citoyens à contribuer en déposant des photographies, des documents, des témoignages et des souvenirs. Cette démarche, baptisée « Saïda écrit son histoire », repose sur un principe fondateur : la mémoire est une responsabilité collective.
Les festivités se sont prolongées en soirée selon un programme officiel d’envergure. Un hommage rendu à plusieurs pionniers du théâtre à Saïda a marqué la solennité de l’événement, reconnaissant le travail invisible mais fondamental de ceux qui ont bâti la culture théâtrale locale.
Le programme s’est conclu par une représentation théâtrale de célébration incarnant la vitalité de la scène locale.
Mohand S.

