Culture

Premiers débats au Salon du livre de Raffour : Le roman algérien, gardien de la mémoire nationale

Le village de Raffour, dans la commune de M’Chedallah à Bouira, accueille depuis jeudi le premier Salon national du livre « Sahel Valley », une manifestation qui a d’emblée placé la question de la mémoire au cœur des débats. Vendredi, écrivains et romanciers réunis lors d’une conférence ont unanimement souligné le rôle essentiel du roman algérien dans la préservation et la transmission de l’histoire nationale. Pour ces auteurs, la littérature constitue bien plus qu’un simple art narratif : elle est un vecteur mémoriel indispensable pour transmettre aux jeunes générations les valeurs et les combats qui ont forgé l’Algérie contemporaine.

La romancière Hiba Tayda a ouvert les échanges en mettant en lumière l’importance capitale du roman algérien dans l’écriture de l’histoire du pays et la sauvegarde de la mémoire collective. Intervenant devant un public nombreux composé d’écrivains, d’universitaires venus de Bouira et d’autres wilayas, elle a rappelé que durant la guerre de libération nationale, le roman a représenté « un outil important » grâce auquel « le patrimoine historique a été archivé par l’écriture qui a préservé la mémoire des martyrs, des moudjahidine, et des hauts faits de combats ». Cette dimension documentaire de la littérature, souvent négligée au profit de sa valeur esthétique, prend tout son sens dans le contexte algérien où les témoignages écrits ont permis de fixer pour l’éternité des événements qui auraient pu sombrer dans l’oubli. Poursuivant son propos, Hiba Tayda a insisté sur la fonction testimoniale de l’écriture romanesque. « Retracer des faits d’une bataille, d’une embuscade, relayer des témoignages de moudjahidine sur la guerre de libération nationale, par l’écriture, aide à préserver notre histoire et la transmettre aux générations futures », a-t-elle affirmé. Cette vision du roman comme archive vivante fait écho à une longue tradition littéraire algérienne où les auteurs, de Mouloud Feraoun à Mohammed Dib, ont conjugué exigence littéraire et témoignage historique, créant ainsi une œuvre à la fois artistique et mémorielle.

L’écrivaine et romancière Farida Sahoui, dont plusieurs ouvrages littéraires sont présentés au Salon « Sahel Valley », a abondé dans le même sens en confirmant « le rôle prépondérant que joue le roman dans la préservation de l’histoire, de même que la culture et les traditions locales ». Son intervention a permis d’élargir la réflexion au-delà de la seule dimension historique pour englober l’ensemble du patrimoine culturel algérien. Pour elle, le roman constitue un réceptacle où se conservent non seulement les grands événements de l’histoire nationale, mais aussi les pratiques quotidiennes, les traditions orales, les modes de vie qui font l’identité des différentes régions du pays. Cette approche anthropologique de la littérature rejoint les préoccupations actuelles de sauvegarde du patrimoine immatériel.

Le succès public du Salon témoigne de l’appétit des Algériens pour le livre et la culture. Dès son deuxième jour, « Sahel Valley » a attiré un public nombreux, dont plusieurs visiteurs venus des wilayas limitrophes, notamment Béjaia et Tizi Ouzou, pour découvrir la grande exposition dédiée au livre. L’événement réunit trente écrivains, auteurs et romanciers, parmi lesquels figure Djilali Amrani, figure emblématique de la littérature algérienne dont la présence confère au Salon une légitimité symbolique forte. Le programme de la manifestation s’est distingué par sa richesse et sa diversité. Dès le premier jour, jeudi, plusieurs conférences sur des thèmes variés liés à la littérature ont été animées par des écrivains de renom, à l’image d’Amine Zaoui, intellectuel et romancier reconnu pour ses prises de position et ses réflexions sur la société algérienne. Ces rencontres ont permis d’ouvrir le débat sur des questions essentielles touchant à la création littéraire, à son rôle social et à ses défis contemporains. Au-delà des conférences destinées aux adultes, le Salon a également fait la part belle aux jeunes lecteurs en proposant des ateliers de formation spécialement conçus pour les enfants et les écoliers. Cette attention portée au jeune public s’inscrit dans la logique même des débats sur la transmission mémorielle évoqués par les intervenants : comment transmettre l’histoire et les valeurs si l’on ne cultive pas dès le plus jeune âge le goût de la lecture et de la littérature ? Ces ateliers constituent ainsi un prolongement pratique des réflexions théoriques développées lors des conférences.

Cette première édition du Salon national du livre « Sahel Valley » a été initiée par l’association culturelle locale « Imghane » en collaboration avec la direction de la culture de la wilaya de Bouira.

Mohand Seghir

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