Culture

Vingt printemps sur la scène de l’Opéra d’Alger : Une soirée musicale entre mémoire et renouveau

C’est dans une salle Boualem Bessaïh comble — à guichet fermé— que s’est tenue, vendredi soir à Alger, l’une des soirées musicales les plus attendues de la saison. Sous le haut patronage de la ministre de la Culture et des Arts, Mme Malika Bendouda, l’Opéra d’Alger a accueilli le concert « Vingt printemps » — Ichroune Rabiâan en arabe —, célébrant deux décennies de carrière du Trio Joubran, en dialogue avec la scène musicale algérienne.

La soirée s’est ouverte sur le trio d’Oussama Becissa, formation algérienne qui a imposé d’emblée une présence musicale à part entière. Mêlant sensibilité, créativité et touche contemporaine, les trois musiciens ont offert une performance nourrie d’identité locale, révélant la richesse d’une jeune génération d’artistes qui porte haut l’héritage musical algérien tout en l’inscrivant dans les courants de la création d’aujourd’hui. Une proposition artistique affirmée, qui a su gagner le public de la grande salle avant même l’entracte.

C’est ensuite Samir, Wissam et Adnan Joubran qui ont pris possession de la scène pour célébrer vingt ans d’une carrière forgée dans la fidélité absolue au oud. Natifs de Nazareth, héritiers d’une longue dynastie de luthiers palestiniens, les trois frères ont réinventé le rapport à cet instrument en faisant du luth oriental, traditionnellement instrument de soliste, une conversation à trois voix — formule inédite dans l’histoire de la musique orientale. Leur démarche ne relève ni de la démonstration technique ni de la surenchère virtuose, mais d’une recherche constante d’équilibre, où chacun porte sa part sans jamais couvrir les deux autres. Depuis leurs débuts en 2002, des salles comme l’Olympia de Paris ou le Carnegie Hall de New York les ont accueillis invariablement à guichets fermés. L’Opéra d’Alger s’inscrit désormais dans cette géographie des grandes scènes qui leur sont acquises.

Accompagnés du percussionniste Youssef Hbeisch, les frères Joubran ont déployé ces architectures sonores qui font leur singularité : composition écrite et improvisation spontanée s’y fondent sans couture visible, un simple regard échangé entre les trois frères suffisant à faire basculer la musique dans une autre direction. Au programme de cette soirée anniversaire, des œuvres issues d’un répertoire tissé avec la poésie de Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien disparu en 2008, qu’ils ont longtemps accompagné dans ses lectures publiques. Cette alliance du vers et de la corde demeure l’une des expressions les plus abouties de leur art, là où la mélodie prolonge ce que la langue ne peut plus contenir.

Cette soirée restera comme une illustration convaincante du rôle que l’Algérie entend jouer comme espace de rencontre et de dialogue entre les cultures. Elle a été l’occasion de réaffirmer le rôle central de la musique comme pont entre les peuples et langue humaine commune qui transcende les frontières. Elle a également mis en lumière la place qu’occupe l’Algérie en tant que foyer de la création et espace ouvert au dialogue culturel de qualité.

 En réunissant sur une même scène une formation algérienne et un trio de renommée internationale, l’Opéra Boualem Bessaïh a affirmé sa vocation : celle d’une salle ouverte à toutes les expressions de la création contemporaine, sans hiérarchie ni frontière.

Mohand Seghir

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