La santé de la mère et de l’enfant : Un demi-siècle de progrès
En 1970, 142 enfants mouraient avant leur premier anniversaire pour mille naissances vivantes en Algérie. En 2024, ce chiffre est tombé à 19. C’est avec ce chiffre brut, plus parlant que n’importe quel discours, que le ministère de la Santé a ouvert lundi la célébration de la Journée nationale de la protection de la mère et de l’enfant, organisée à Djamaâ El-Djazaïr en partenariat avec l’UNICEF. Le thème retenu cette année, «La santé de la mère et de l’enfant : fondement d’une société prospère», est une formule convenue. Les données qui la soutiennent, elles, ne le sont pas. La journée du 20 avril n’est pas une invention récente. Elle existe depuis des décennies, portée par une politique de santé maternelle et infantile qui a transformé en profondeur le visage sanitaire du pays. L’Algérie des années soixante-dix accouchait souvent à domicile, sans personnel qualifié, dans des conditions qui tuaient autant les mères que les nourrissons. Aujourd’hui, 99 % des accouchements se déroulent dans un milieu médicalisé assisté. Le tétanos maternel et néonatal, l’une des causes historiques de mortalité néonatale dans les pays en développement, a été officiellement éliminé depuis 2018. Des centres de référence en protection de la maternité et de l’enfance couvrent désormais toutes les wilayas du territoire. Djamel Fourar, directeur de la prévention et de la promotion de la santé au ministère, a résumé l’esprit de la journée en une phrase que l’institution a voulu comme une déclaration d’intention : la célébration traduit «l’engagement renouvelé du secteur à garantir le droit de chaque mère et de chaque enfant à la santé, à la sécurité et à la dignité». Il a insisté sur le fait que «la protection de cette frange de la société constitue une priorité nationale et stratégique», une affirmation que les chiffres épidémiologiques viennent confirmer sans détour.
Mais la journée n’était pas seulement tournée vers le bilan. Samia Hammadi, directrice de la prévention et de la lutte contre les maladies transmissibles au ministère, a rappelé la place centrale des centres de santé mère et enfant dans le dispositif national, ces structures qui suivent les femmes de la grossesse jusqu’à l’accouchement, souvent sans que les patientes mesurent à quel point ce suivi peut être décisif. Les travaux de la rencontre ont couvert des sujets précis : le carnet de santé de l’enfant, trop souvent négligé ou mal utilisé, «le rôle de la sage-femme dans le suivi et l’orientation de la femme enceinte, la grossesse et la vaccination, ainsi que la nutrition de la femme enceinte et l’importance de l’allaitement maternel dans la vie de l’enfant», a-t-elle détaillé. Des thèmes de terrain, loin des grandes déclarations, qui disent où se jouent encore les batailles les plus concrètes de la santé maternelle et infantile.
Le regard extérieur est venu de l’UNICEF. Tarek Hadjoudj, responsable des programmes de santé et de nutrition au bureau algérien de l’organisation onusienne, a qualifié le niveau atteint par l’Algérie en matière de prise en charge sanitaire de la mère et de l’enfant de «l’un des plus réussis au niveau continental». Il a salué «le rôle pionnier du pays en matière de protection de l’enfant par rapport à plusieurs pays en développement». Ce n’est pas une formule de circonstance venant d’une organisation qui mesure chaque année, pays par pays, l’état réel des systèmes de santé à travers le monde. L’Algérie a bâti en cinquante ans un système de protection maternelle et infantile que beaucoup de ses voisins lui envient. Ce que la journée de lundi rappelait, en creux, c’est que ce système ne tient que si on continue à l’alimenter, à le former, à le financer et à le faire connaître des populations qu’il est censé servir.
Lyna Larbi

