Une commission nationale installée : Gangs de quartier, la bataille de la prévention engagée
Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a présidé lundi à Alger l’installation officielle des membres de la Commission nationale de prévention et de lutte contre les gangs de quartier pour le mandat 2026-2029. La cérémonie, tenue en présence de représentants de l’ensemble des secteurs sécuritaires et ministériels, marque une nouvelle étape dans un combat que les autorités mènent depuis plusieurs années contre un phénomène qui ronge la cohésion sociale des villes du pays.
Le ministre a tenu à cadrer d’emblée la portée de l’événement. « Cette installation ne s’inscrit pas dans le cadre de procédures routinières », a-t-il déclaré, mais représente « le lancement renouvelé d’un processus national décisif pour faire face au phénomène des gangs de quartier, qui constitue encore une menace réelle pour la sécurité des citoyens et la tranquillité des quartiers ». Le ton est donné : il ne s’agit pas d’une formalité administrative, mais d’une mobilisation d’État.
Ce dispositif s’inscrit dans une histoire récente. Depuis 2021, les autorités algériennes ont progressivement reconnu l’ampleur du phénomène des bandes organisées qui s’approprient des espaces urbains, rackettent les habitants et recrutent parmi les jeunes déscolarisés. La réponse initiale avait été essentiellement sécuritaire : des milliers d’arrestations ont été effectuées en quelques années, et une législation spécifique a été adoptée pour criminaliser l’appartenance à ces groupes. Mais les résultats ont montré les limites d’une approche exclusivement répressive. Les bandes se reconstituaient, les quartiers difficiles restaient sous tension, et la demande sociale d’une réponse plus structurelle se faisait de plus en plus entendre. C’est dans ce contexte que la Commission nationale avait été créée une première fois, et c’est son renouvellement pour un nouveau mandat qui était à l’ordre du jour lundi.
La philosophie affichée par le ministre tranche avec le registre sécuritaire dominant des premières années. « La prévention demeure le choix stratégique », a-t-il insisté, dans le cadre d’« une approche globale fondée sur la complémentarité entre la sensibilisation et la dissuasion ». La Commission nationale sera chargée d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie nationale reposant sur un diagnostic précis du phénomène et ciblant des espaces identifiés comme prioritaires : le milieu scolaire, les quartiers populaires, les maisons de jeunes, les mosquées et l’espace numérique. Ce dernier point mérite attention. Les réseaux sociaux sont désormais reconnus comme un vecteur de recrutement et de glorification de la violence des bandes, et la Commission devra développer, selon le communiqué ministériel, « un discours préventif en phase avec les préoccupations des jeunes ».
La structure retenue est double : une commission nationale pour la coordination stratégique et la définition des orientations générales, et des commissions de wilaya pour le travail de terrain. Ce maillage territorial répond à une réalité que les observateurs soulignent depuis longtemps : le phénomène des gangs de quartier est profondément ancré dans des contextes locaux spécifiques — chômage des jeunes, densité urbaine, désengagement des institutions — et ne peut être traité efficacement depuis Alger sans relais de proximité.
Le ministre a aussi adressé des « expressions d’estime et de reconnaissance » aux services de sécurité pour leurs « efforts continus dans la protection des citoyens et de leurs biens » — une manière de saluer le travail accompli tout en annonçant un changement de méthode. La répression reste un outil, mais elle n’est plus présentée comme la réponse principale.
L’appel final du ministre résume l’ambition du dispositif : « une mobilisation collective englobant toutes les parties prenantes — famille, école, mosquées, société civile et médias ». Affronter les gangs de quartier, a-t-il conclu, est « une responsabilité partagée qui exige une coordination des efforts et une intensification du travail de terrain ». La Commission nationale a quatre ans pour démontrer que cette approche globale peut réussir là où la seule force publique a montré ses limites.
Salim Amokrane

