Iran – États-Unis : la trêve au bord du gouffre
Le cessez-le-feu expire mercredi soir, heure de Washington. Et à la veille de l’échéance, rien n’indique que les deux adversaires sont prêts à se retrouver à la table des négociations.
Téhéran n’a pas confirmé sa présence à Islamabad pour un deuxième cycle de pourparlers, Washington multiplie les accusations, et le détroit d’Ormuz reste une poudrière à ciel ouvert. La trêve de quatorze jours conclue le 8 avril entre l’Iran et les États-Unis, sous médiation pakistanaise, ressemble de moins en moins à une pause et de plus en plus à un compte à rebours.
Côté iranien, le ton est ferme. Abdullah Haji Sadeghi, représentant du Guide suprême au sein des Gardiens de la révolution, a fixé la barre très haut dans une déclaration diffusée par l’agence officielle Mehr News Agency. « Nous ne consentirons à des négociations que le jour où l’ennemi reconnaîtra que nous sommes en position de vainqueur et qu’il est en position de faiblesse, et qu’il acceptera nos conditions », a-t-il affirmé. Une formulation qui ressemble moins à une ouverture diplomatique qu’à une fermeture de principe. Il a néanmoins précisé que si le Guide suprême venait à décider de passer du « champ militaire au champ de la négociation », la population iranienne soutiendrait cette décision. La nuance est importante : elle laisse une porte entrouverte, tout en signalant que c’est Téhéran, et lui seul, qui en tient la poignée. Le commandant en chef des forces armées iraniennes, le général Ali Abdollahi, a pour sa part averti que l’Iran apporterait des « réponses décisives, déterminantes et immédiates » à toute nouvelle action hostile. Il a adressé un avertissement direct à Donald Trump, qu’il a qualifié de « menteur » et de « déconnecté de la réalité », en précisant que Téhéran ne laisserait pas le silence iranien sur le terrain être interprété comme un aveu de faiblesse, notamment sur la question du contrôle du détroit d’Ormuz.
Washington accumule les accusations
De l’autre côté, Donald Trump n’a pas cherché à apaiser les tensions. Dans une interview diffusée en direct sur CNBC, il a affirmé que l’Iran avait « probablement reconstitué ses stocks » depuis le début de la trêve, et qu’un navire intercepté par les forces américaines transportait ce qu’il a décrit comme « peut-être un cadeau de la Chine ». Pékin n’a pas réagi dans l’immédiat. Trump a également déclaré sur son réseau Truth Social que l’Iran avait « violé à de nombreuses reprises » l’accord de cessez-le-feu, sans en préciser la nature exacte. Il a ajouté qu’une prolongation de la trêve était « hautement improbable » si aucun accord n’était conclu avant l’échéance.
Téhéran conteste point par point ces accusations. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaeil Baghaei, a affirmé que c’est le blocus américain des voies maritimes qui constitue une violation du cessez-le-feu. Le chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejei, a lui estimé qu’il existait une « forte probabilité » de nouvelles frappes américaines, appelant à « maintenir une préparation à 100 % » et affirmant que les États-Unis n’avaient pas encore atteint leurs objectifs de guerre.
Ormuz, un verrou qui étrange l’économie mondiale
Pendant que les deux capitales échangent des accusations, le détroit d’Ormuz reste étranglé. Les données maritimes des dernières 24 heures font état de seulement douze mouvements de navires dans la zone, un chiffre sans commune mesure avec le trafic habituel de ce passage par lequel transite environ un tiers du commerce mondial d’hydrocarbures. Selon l’Organisation maritime internationale, près de vingt mille marins et quelque deux mille navires sont immobilisés depuis l’interruption du trafic. Le secrétaire général de l’OMI, Arsenio Dominguez, a évoqué des conditions éprouvantes pour les équipages, soumis à « un stress et une fatigue extrêmes », appelant les États à leur fournir au minimum un accès Wi-Fi pour qu’ils puissent contacter leurs familles. Les conséquences économiques dépassent largement la région. Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, ne mâche pas ses mots. Interrogé sur France Inter, il a déclaré que la situation représentait « la plus grosse crise de l’histoire », combinant la perturbation des approvisionnements pétroliers et la crise gazière liée à la guerre en Ukraine. « Ce n’est pas simplement le pétrole et le gaz, c’est également les engrais, les pétrochimiques, le soufre, tous ces produits qui vont manquer, pousser l’inflation dans le monde entier », a-t-il averti, soulignant que les pays émergents comme le Bangladesh ou le Pakistan seraient les premiers à en payer le prix. Selon lui, même si le détroit venait à rouvrir demain, un retour à la normale des prix de l’énergie prendrait « deux ans ».
Dans ce contexte, le Qatar s’est positionné comme une voix modératrice. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Doha, Majed al-Ansari, a déclaré lors d’une conférence de presse que son pays soutenait « la prolongation du cessez-le-feu jusqu’à ce qu’une solution pacifique soit trouvée », ajoutant que « le retour des hostilités n’est dans l’intérêt de personne et étoufferait l’économie mondiale ». Doha a indiqué être en contact avec plusieurs parties et travailler à un retour du détroit à son état antérieur. Le Pakistan, de son côté, reste sur le pont. C’est Islamabad qui avait facilité le cessez-le-feu du 8 avril et accueilli la première séquence de discussions les 11 et 12 avril, qui n’avaient débouché sur aucun résultat concret. Un second round pourrait se tenir le 22 avril selon CNN, avec la présence côté américain du vice-président JD Vance, de l’émissaire Steve Witkoff et de Jared Kushner. L’Iran n’a toujours rien confirmé. Le compte à rebours continue.
Lyes Saïdi

