Importation de médicaments : Les demandes d’agrément gelées !
Ce coup de frein intervient dans un contexte de restructuration profonde du cadre réglementaire pharmaceutique algérien.
Le ministère de l’Industrie pharmaceutique a décidé de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, la réception de tout nouveau dossier de demande d’agrément pour l’exercice de l’activité d’importation de produits pharmaceutiques et de dispositifs médicaux. La mesure, notifiée par voie de note officielle de la Direction de la pharmaco-économie, des activités pharmaceutiques et de la régulation, s’applique à l’ensemble des opérateurs économiques du secteur et prend effet immédiatement. Elle intervient au moment où le ministère vient précisément de se doter d’un nouveau cadre institutionnel pour traiter ces mêmes dossiers.
La note est sans ambages : il « a été décidé de suspendre la réception de nouveaux dossiers de demande d’agrément, et ce, jusqu’à nouvel ordre ». Le document insiste sur le caractère contraignant de la mesure en précisant que « la plus grande importance est accordée à l’application de la présente note ». Aucune durée n’est fixée, aucune condition de levée n’est mentionnée. Le gel est total.
Ce coup de frein intervient dans un contexte de restructuration profonde du cadre réglementaire pharmaceutique algérien. Le 21 avril 2026, le ministre Ouacim Kouidri signait la Décision n° 019, qui fixe la composition, l’organisation et le fonctionnement de la commission technique chargée d’examiner les dossiers de demandes d’agrément des établissements pharmaceutiques de distribution en gros et d’importation. Présidée par le directeur de la pharmaco-économie, cette commission comprend sept membres issus des différentes directions du ministère et de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. Elle se réunit en session ordinaire une fois par semaine, ses décisions sont prises à la majorité simple des voix, et elle est tenue de remettre un bilan trimestriel au ministre. En clair : la machinerie administrative vient d’être montée — mais le guichet est déjà fermé.
Quelques jours plus tôt, le 19 avril, le ministre avait signé la Décision n° 015, qui complète la commission technique chargée, elle, des demandes d’agrément des établissements pharmaceutiques de fabrication. Cette décision désigne nommément deux inspecteurs habilités à conduire l’évaluation technique et l’inspection des sites : Boudis Abdelhakim, professeur spécialisé en chimie analytique, et Ben Aissa Miloud, docteur en pharmacie galéniste.
Lire ces deux décisions à la lumière de la note de suspension dessine un tableau cohérent : le ministère consolide son architecture de contrôle avant de rouvrir le marché. Le secteur de l’importation pharmaceutique en Algérie reste sensible — les médicaments importés représentent une part significative de la consommation nationale, et la facture en devises pèse lourd sur les équilibres extérieurs du pays. Depuis la création du ministère de l’Industrie pharmaceutique en 2020, les pouvoirs publics affichent la volonté de réduire cette dépendance en favorisant la production locale, ce qui implique de mieux réguler — et de sélectionner davantage — les importateurs agréés.
La suspension des dépôts de dossiers pourrait ainsi servir un double objectif : d’un côté, laisser le temps à la nouvelle commission de rodage son fonctionnement avant d’être submergée par les demandes en attente ; de l’autre, opérer un tri dans un secteur où la prolifération des intermédiaires a souvent été pointée du doigt. Pour les opérateurs déjà agréés, la mesure ne change rien à court terme.
Samir Benisid

