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GNL et gazoducs : L’Algérie affiche ses atouts et ses ambitions

Dans un monde où les routes du gaz se redessinent à toute vitesse, l’Algérie choisit d’affirmer haut et fort qu’elle ne subira pas les recompositions en cours — elle entend en profiter. C’est le message qu’a délivré mardi à Alger le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, devant un parterre de dirigeants d’entreprises réunis pour la deuxième édition du CEO Survey organisé par le cabinet PwC. Un discours de positionnement, calibré pour les partenaires européens autant que pour les investisseurs étrangers qui scrutent le potentiel algérien.

Aux côtés d’Arkab siégeaient le ministre de l’Énergie Mourad Adjal, celui des Mines Mourad Hanifi, le PDG de Sonatrach Noureddine Daoudi et le patron de Tosyali Algérie Alp Topcuoglu. Un plateau qui dit beaucoup sur la volonté algérienne de parler d’une seule voix face aux interlocuteurs économiques étrangers. Le fond du propos d’Arkab n’était pas la nouveauté, mais l’insistance, elle, était délibérée. «Le message le plus important qu’on peut donner à nos partenaires, c’est que l’Algérie est constante dans ses engagements, quel que soit le contexte ou la difficulté, et on l’a prouvé auparavant», a-t-il déclaré. Une formule courte qui vise juste : depuis la guerre en Ukraine et le découplage énergétique européen vis-à-vis de la Russie et plus récemment la guerre au Moyen-Orient qui a lourdement impacté les approvisionnements de GNL, la fiabilité d’un fournisseur est devenue une valeur en soi, parfois plus importante que le prix. Car l’Algérie dispose d’un avantage que peu de pays peuvent revendiquer sur le marché gazier mondial : des gazoducs déjà en place vers le sud de l’Europe. Medgaz vers l’Espagne, Transmed vers l’Italie — des infrastructures décennales qui, dans le contexte actuel, valent de l’or. Arkab l’a souligné explicitement, rappelant que ces équipements font de l’Algérie bien plus qu’un fournisseur parmi d’autres. Mais le ministre sait aussi que les gazoducs ne suffiront pas à tenir le rang sur un marché de l’énergie qui se flexibilise à grande vitesse. La réponse algérienne passe par le GNL. Développer les capacités de liquéfaction du gaz naturel, c’est s’ouvrir à des marchés que les tuyaux ne peuvent pas atteindre — l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine, potentiellement l’Afrique subsaharienne. «Les mutations géopolitiques mondiales ne représentent pas une rupture sur les marchés de l’énergie, mais reflètent plutôt une phase de rééquilibrage mettant en exergue l’importance de la sécurité et de la stabilité des approvisionnements», a analysé Arkab. Sonatrach, de son côté, a mis des chiffres sur les ambitions. Son PDG Noureddine Daoudi a rappelé qu’un plan d’investissement couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur sera déployé sur les cinq prochaines années, et que le lancement du «Algeria Bid Round 2026» — sept blocs disponibles immédiatement à l’exploration et à l’exploitation — démontre «la flexibilité et la rapidité» de l’Algérie à valoriser son domaine minier. Daoudi a aussi posé une réalité que personne dans la salle ne semblait vouloir contester : les énergies fossiles représentent encore plus de 80 % de la demande mondiale en 2026 et resteront indispensables pour accompagner la transition énergétique sur les décennies à venir. La transition, oui. Mais pas sans le gaz algérien.

Pôle énergétique régional

L’horizon que trace Arkab pour 2030 est celui d’un «pôle énergétique régional», capable de valoriser ses ressources en industrie, pas seulement en brut exporté. Et le Gazoduc Transsaharien, projet qui traverse l’Afrique de part en part pour relier le Nigeria à l’Europe via l’Algérie, reste dans les cartons comme pièce maîtresse d’un éventuel hub continental. Ambitieux. Mais dans un marché de l’énergie qui réécrit ses règles depuis trois ans, l’audace a rarement nui à ceux qui la mettaient en face d’atouts réels.

Samira Ghrib

admin

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