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Face aux impacts géostratégiques et économiques : Quelle stratégie d’adaptation pour l’Algérie ?

Par Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, expert international, docteur d’État 1974 en management stratégique.

Les politiques socio-économiques et les systèmes de défense et de sécurité ont profondément changé, rendant obsolètes certaines politiques économiques du passé et certains segments militaires, comme le montre clairement l’actuel conflit États-Unis–Israël–Iran.

Dans le domaine militaire et sécuritaire, le Général d’Armée, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et Chef d’État-major de l’ANP, a présidé, le 16 avril 2026, au Cercle national de l’Armée à Béni-Messous, en première Région militaire, l’ouverture des travaux d’un séminaire organisé par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure, sous le thème « Les menaces extérieures à l’ombre des mutations géopolitiques et technologiques : défis sécuritaires et enjeux stratégiques ». Il y a tracé les stratégies d’adaptation de l’Algérie face aux nouvelles mutations que traverse le monde, s’adressant tant au gouvernement qu’à l’institution militaire et sécuritaire du pays, en présence du directeur de cabinet de la présidence de la République, du chef du gouvernement, de la majorité des ministres et des responsables militaires. Car les politiques socio-économiques et les systèmes de défense et de sécurité ont profondément changé, rendant obsolètes certaines politiques économiques du passé et certains segments militaires, comme le montre clairement l’actuel conflit États-Unis–Israël–Iran. Le problème posé est donc le suivant : quelles sont les nouvelles menaces extérieures auxquelles est confrontée l’Algérie face aux mutations géopolitiques et technologiques qui ont créé de nouvelles données sur les États, leurs politiques et leurs économies ? Des menaces majeures sont apparues, imposant des défis sécuritaires et créant des enjeux stratégiques dans les domaines du cyberespace, de l’intelligence artificielle et de la gestion des données, où la maîtrise de la recherche-développement et la production de connaissances représentent désormais un facteur essentiel pour déterminer les équilibres de forces et d’influences dans les relations internationales. Aussi, le contrôle des outils d’anticipation et l’élaboration de scénarios prévisibles sont des clés importantes pour la prise de décisions stratégiques et sécuritaires, et pour l’amélioration des niveaux de maturité des politiques publiques de l’État, qui doit renforcer la veille stratégique à travers l’adoption d’approches proactives face aux différents défis, garantissant à l’Algérie de rester un partenaire international crédible et un acteur actif dans son espace géo-sécuritaire.

Dans le domaine économique, intimement lié au facteur sécuritaire — il existe en effet un lien dialectique entre sécurité et développement —, force est de reconnaître que le système algérien est de nature publique et fortement dépendant de la rente des hydrocarbures, qui irrigue directement et indirectement la majorité des secteurs et assure un minimum de cohésion sociale. La Banque mondiale, en termes de PIB courant, classe dans ses prévisions de 2026 l’Algérie en quatrième position en Afrique, avec un PIB de 285 milliards de dollars, derrière l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria. Le FMI vient légèrement de réviser son taux de croissance prévu à 3,6 %, tandis que le gouvernement retient un montant différent dans ses prévisions contenues dans la loi de finances, à 324 milliards de dollars, soit un écart de 39 milliards de dollars, avec une croissance économique estimée à 4,3 % — les deux scénarios donnant toutefois environ 300 milliards de dollars en 2028. Les exportations hors hydrocarbures demeurent marginales, évaluées fin 2025 entre 4,5 et 5 milliards de dollars, mais sur ces montants, selon les statistiques officielles des douanes, 67 % sont des dérivés d’hydrocarbures inclus dans la rubrique « hors hydrocarbures ». Aussi convient-il d’être attentif à certaines désinformations : en avril 2026, des responsables du ministère du Commerce extérieur — repris par l’APS — ont cité des centaines de produits destinés à l’exportation vers plus d’une dizaine de pays. Mais l’important n’est pas le nombre, pour ne pas induire en erreur l’opinion publique nationale — car les étrangers connaissent parfaitement la situation —, et il convient de mentionner le montant en dollars ainsi que les produits nobles à forte valeur ajoutée, sans oublier les importations de services en devises, fluctuant entre 5 et 6 milliards de dollars entre 2024 et 2025. Hors dérivés d’hydrocarbures, les produits ferreux et semi-ferreux ainsi que le ciment ne dépassent pas 1 milliard de dollars sur un montant global des exportations en valeur fluctuant, entre 2024 et 2025, entre 45 et 50 milliards de dollars, soit 2 %.

3. Comme stratégie d’adaptation, il faudra être attentif aux normes internationales qui interdisent tout dumping à l’exportation, notamment les prix plafonnés du gaz — environ 20 % du prix international — accordés à certaines unités, ce qui a conduit récemment les États-Unis, en mars 2026, à imposer un taux de 72,94 % correspondant à des droits antidumping. Il en sera de même pour l’Europe qui, selon la Banque d’Algérie, représente environ 80 % des recettes en devises du pays, en incluant la Turquie et la Grande-Bretagne ; l’impact de la taxe carbone européenne sur les exportations algériennes devra également être pris en compte. Il faudra par ailleurs être réaliste : l’Afrique est l’un des marchés les plus difficiles à pénétrer pour les entreprises algériennes, qui doivent être compétitives en termes de coûts et de qualité, loin de tout dumping. En dehors de l’émergence de nouveaux pays pétroliers et gaziers africains — dont la Mauritanie et le Sénégal (île de la Tortue) — s’ajoutant aux poids lourds anciens comme le Nigeria, le Mozambique (premier et deuxième réservoirs de gaz en Afrique) et la Libye (premier réservoir de pétrole en Afrique), la concurrence est âpre : Chine, Europe, Russie, pays émergents, et désormais la future stratégie des États-Unis. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), à laquelle a adhéré l’Algérie, est un projet majeur visant à créer un marché unique de 1,5 milliard de personnes, regroupant 55 pays africains avec un PIB combiné d’environ 3 400 milliards de dollars ; elle vise principalement à booster le commerce intra-africain en supprimant progressivement 90 % des droits de douane et en réduisant les barrières non tarifaires sur une période de 5 à 15 ans, dans le cadre des principes fondamentaux de l’Organisation mondiale du commerce. Sans oublier qu’en juillet 2025, l’Union européenne a officiellement enclenché une procédure d’arbitrage contre l’Algérie : selon la Commission européenne, en incluant les exportations d’hydrocarbures, l’Europe accuse un déficit commercial entre 2024 et 2025 supérieur à 20 milliards de dollars, au profit notamment de la Chine. La visite prochaine à Alger de la commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, pourra-t-elle aplanir les divergences relatives à l’Accord d’association Algérie–Europe, qui demeure en suspens ?

En conclusion, d’où l’importance, pour le gouvernement — comme l’a noté le ministre délégué et Chef d’État-major de l’ANP, repris dans la revue Djeich —, des stratégies d’adaptation à ce monde nouveau. Ce thème, que j’ai développé lors de conférences devant les officiers de l’École supérieure de guerre, de l’État-major de la Gendarmerie nationale, à l’Institut militaire de documentation et de prospective, et devant les cadres de la Sûreté nationale (DGSN), ainsi que lors de conférences internationales au sein d’instituts de géostratégie, mérite d’être précisé davantage. C’est en tenant compte de ces profonds bouleversements que je préconise depuis de longues années aux pouvoirs publics algériens la création d’un ministère d’État chargé de la planification, regroupant les meilleures compétences sous l’autorité directe du président de la République, car on ne peut naviguer à vue sans risquer une marginalisation du pays. Je considère pour ma part que, outre la moralité sans faille des dirigeants, la démocratisation — tenant compte de notre riche anthropologie culturelle —, les médiations politiques et sociales crédibles correspondant aux aspirations de la société, et notamment la participation de la femme à la gestion de la cité, sont des facteurs déterminants de la consolidation de la sécurité et de la stabilité sociale et économique.

A.M.

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