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Prolifération des constructions illicites : Le béton à l’assaut de l’Edough

Entre Oued Ziad et Laïb Amar, au pied du massif de l’Edough, des constructions illicites prolifèrent à un rythme alarmant, grignotant une forêt classée et protégée. Derrière ce phénomène, une stratégie d’occupation informelle du foncier, motivée par l’espoir d’obtenir un logement social ou une régularisation, qui met en péril un écosystème vital et pose avec acuité la question de l’autorité de l’État face à l’avancée du béton clandestin. Au bas de l’Edough, entre Oued Ziad et Laïb Amar, le paysage change à vue d’œil. Là où dominait jadis un couvert végétal dense, le béton s’impose progressivement, grignotant la forêt au rythme d’une urbanisation anarchique. Des constructions de fortune émergent, souvent édifiées dans l’illégalité, traduisant une pression foncière croissante dans cette zone pourtant classée et protégée. Derrière cette prolifération, un phénomène bien connu refait surface : l’occupation informelle de terrains dans l’espoir de bénéficier, à terme, d’un logement social ou d’une régularisation. Une pratique qui, selon plusieurs observateurs, alimente un cercle vicieux où le fait accompli finit par peser sur les politiques publiques.

Cette avancée du béton n’est pas sans conséquences : elle porte atteinte à un écosystème déjà vulnérable. Le massif de l’Edough, véritable poumon vert de la région, joue un rôle crucial dans la préservation de l’équilibre écologique, la lutte contre l’érosion et la prévention des risques naturels, notamment les incendies et les inondations. Or, ces fonctions sont aujourd’hui compromises par l’extension incontrôlée de l’habitat illicite. À cette situation s’ajoute la prolifération de décharges sauvages, qui accentue la dégradation du milieu naturel et transforme certains espaces forestiers en zones de dépôt de déchets ménagers. Un double phénomène qui illustre l’ampleur des atteintes portées à l’environnement.

Face à cette réalité, les habitants de la région tirent la sonnette d’alarme. Plusieurs riverains dénoncent des pratiques préoccupantes en matière de gestion foncière et pointent des zones d’ombre dans le traitement de certains dossiers liés à des terrains situés en lisière du massif. Des soupçons d’irrégularités sont évoqués, alimentant un climat de défiance et renforçant les appels à la transparence.

Pourtant, le cadre juridique est sans équivoque. Le Code forestier ainsi que les instruments d’urbanisme en vigueur interdisent toute construction, défrichement ou urbanisation dans ces zones protégées. Mais sur le terrain, la réalité semble échapper au contrôle, laissant place à une occupation progressive et quasi irréversible de ces espaces. Au fil des années, ces terrains ont été investis, parfois de manière organisée, transformant des parcelles forestières en noyaux d’habitat précaire. Une évolution qui interpelle sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et sur la nécessité d’une intervention plus ferme des pouvoirs publics. Entre pression sociale, dérives foncières et urgence environnementale, la situation au pied de l’Edough pose avec acuité la question de l’autorité de l’État et de sa capacité à préserver ce qui reste du patrimoine forestier face à l’avancée inexorable du béton.

S. Chahine

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