Demande pétrolière mondiale : L’OPEP revoit à la baisse ses prévisions
Le marché pétrolier mondial traverse une zone de turbulences sans précédent. Dans son rapport mensuel publié mercredi, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) maintient ses projections de croissance de la demande pour 2026, mais les corrige sensiblement à la baisse, sur fond de guerre au Moyen-Orient qui continue de déstabiliser l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. L’organisation table désormais sur une consommation de 106,33 millions de barils par jour (mb/j) cette année, soit une progression de 1,3 mb/j par rapport à 2025. Le chiffre est qualifié de « robuste » dans le document, mais il marque un net recul par rapport aux estimations d’avril, qui tablaient sur une croissance de 1,4 mb/j pour une demande totale de 106,53 mb/j. En un mois, l’organisation a donc retranché 200 000 barils par jour à ses prévisions, un ajustement qui traduit l’ampleur des perturbations en cours. La ventilation géographique de cette demande confirme une tendance structurelle bien établie : l’essentiel de la croissance viendra des pays non membres de l’OCDE, avec 1,1 mb/j supplémentaires, là où les économies industrialisées ne contribueront qu’à hauteur de 0,1 mb/j. Les pays émergents, Asie en tête, restent le moteur de la consommation mondiale. Pour 2027, l’OPEP projette une demande de 107,9 mb/j, avec une révision à la hausse de la croissance attendue à 1,5 mb/j, tablant sur un retour progressif à la normale des flux d’approvisionnement.
L’organisation regroupe aujourd’hui 11 membres producteurs, sous la houlette de l’Arabie saoudite, après le retrait effectif des Émirats arabes unis début mai. L’alliance élargie, dite OPEP+, s’étend à dix États supplémentaires conduits par la Russie. En avril, selon des « sources secondaires » citées dans le rapport, les pays de l’OPEP+ ont produit 33,19 mb/j, en recul de 1,738 mb/j par rapport à mars, alors que l’alliance tournait encore autour de 40 mb/j en moyenne en 2024 et 2025. Cette chute de la production s’explique par le contexte géopolitique. Déclenchée le 28 février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, la guerre au Moyen-Orient a entraîné le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran, frappé les infrastructures pétrogazières de la région et provoqué une contraction brutale de l’offre venue du Golfe. Le résultat est mécanique : les prix du brut ont flambé sur les marchés mondiaux.
L’AIE tire la sonnette d’alarme sur l’épuisement des stocks
Plus tôt dans la journée, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a dressé un tableau autrement plus sombre. Dans son propre rapport mensuel, l’agence de l’OCDE estime que la demande mondiale de pétrole se contractera en 2026 de 420 000 barils par jour en glissement annuel, pour s’établir à 104 millions de barils par jour — soit 2,33 mb/j de moins que la prévision de l’OPEP pour la même année. Un écart qui n’est pas anodin et qui reflète des lectures divergentes des effets du conflit sur l’économie mondiale. Ce qui retient surtout l’attention dans l’analyse de l’AIE, c’est l’état des réserves mondiales. Les stocks mondiaux observés ont fondu de 250 millions de barils sur les seuls mois de mars et avril, à un rythme de 4 millions de barils par jour. L’agence parle de puisage à vitesse « record », et avertit que cette hémorragie de réserves, si elle se poursuit à l’approche de la saison estivale — période de pointe de la consommation — rend « probable » une nouvelle vague de volatilité des prix. Pour tenter d’amortir le choc, les 32 membres de l’AIE avaient décidé en mars de libérer 426 millions de barils de leurs stocks stratégiques, une mesure d’une ampleur sans précédent. Elle n’a pas suffi à combler le déficit. En intégrant ce déblocage, l’AIE estime que le déficit cumulé de réserves mondiales de produits pétroliers pourrait atteindre 900 millions de barils en septembre 2026, ramenant la contribution des stocks industriels à 500 millions de barils. « C’est extrêmement inquiétant », a confié à l’AFP Adi Imsirovic, spécialiste des systèmes énergétiques à l’université d’Oxford, soulignant qu’il reste désormais moins de la moitié des réserves disponibles avant d’atteindre les seuils opérationnels minimaux.
Même dans le scénario optimiste d’une réouverture progressive du détroit d’Ormuz à partir de juin, le marché pétrolier mondial devrait rester « en déficit jusqu’au dernier trimestre de l’année », selon l’AIE. L’offre mondiale a déjà reculé de 12,8 mb/j depuis février, pour tomber à 95,1 mb/j en avril. Hors reprise des flux, elle devrait s’établir en moyenne à 102,25 mb/j sur l’ensemble de l’année, soit une perte de 5,9 % par rapport aux projections d’avant-guerre. Les effets de la crise se lisent déjà dans l’économie réelle. En Asie, très dépendante du pétrole transitant par Ormuz, des pénuries localisées se font sentir. En Inde, les autorités appellent à réduire la consommation d’essence et de diesel.
Sabrina Aziouez

