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Ligne minière Est : Le Gouvernement accélère la cadence

Mercredi, le gouvernement Sifi Ghrieb a mis sur la table deux dossiers que le président Tebboune suit de près : la modernisation numérique de l’État et l’avancement du chantier ferroviaire qui conditionne l’ambition phosphatière de l’Algérie. Derrière ces points d’ordre du jour techniques, c’est toute une stratégie qui se joue.

Le communiqué des services du Premier ministre, publié à l’issue de la réunion, est sobre. Pourtant, il concentre deux signaux forts. D’abord, «la conception d’un système national d’aide à la prise de décision», initié, précise le texte, «conformément aux instructions du président de la République». Ensuite, «l’état d’avancement des travaux de renouvellement de voie et ballast du tronçon Aïn Sénour/Dréa de la ligne ferroviaire minière Est».

Le verrou ferroviaire du phosphate

La ligne minière Est n’est pas un simple axe de transport. C’est l’artère qui doit acheminer le phosphate de Tébessa et Souk Ahras jusqu’aux installations de transformation et aux ports d’exportation. Sans elle, le Projet phosphate intégré, l’une des grandes ambitions économiques de la présidence Tebboune, reste bloqué en amont. Le gisement de Bled El Hadba, dans la région de Tébessa, figure parmi les plus importants d’Afrique. Les réserves algériennes estimées dépassent 2,2 milliards de tonnes. L’objectif affiché par les autorités est d’atteindre une production annuelle de 10 millions de tonnes de phosphate brut et d’en transformer une part significative en engrais, en acide phosphorique et en produits dérivés à haute valeur ajoutée, pour réduire la dépendance aux hydrocarbures.

Ce projet implique plusieurs acteurs industriels. Asmidal, filiale du groupe Sonatrach spécialisée dans les fertilisants, est en première ligne. Manadjim El Djazair (Manal), l’entreprise publique minière, assure l’extraction. Ferphos, longtemps au cœur du dispositif minier, a été intégré dans cette architecture. L’ambition est explicite : positionner l’Algérie comme fournisseur incontournable d’engrais phosphatés à destination des marchés africains et européens, dans un contexte mondial où la sécurité alimentaire est redevenue une question stratégique depuis la guerre en Ukraine et les tensions sur les approvisionnements en engrais.

Le tronçon Aïn Sénour/Dréa : un maillon critique

Le renouvellement du tronçon Aïn Sénour/Dréa s’inscrit dans la réhabilitation plus large de la ligne ferroviaire qui longe la frontière tunisienne. Cette ligne, construite pour l’essentiel à l’époque coloniale, n’a jamais été conçue pour absorber les volumes qu’exige le projet intégré. Les travaux en cours visent à la fois à sécuriser l’infrastructure existante et à augmenter sa capacité de charge. En 2024, le ministère des Travaux publics avait annoncé un plan pluriannuel de modernisation ferroviaire dans l’Est, avec des financements inscrits dans le budget de l’État. Le suivi en Conseil de gouvernement signale que ce chantier est désormais traité comme un projet structurant prioritaire.

Abdelmadjid Tebboune l’a dit à plusieurs reprises, notamment lors de ses adresses aux walis en 2024 et 2025 : le phosphate doit devenir «le deuxième pétrole» de l’Algérie. En février 2026, lors d’un Conseil des ministres consacré aux perspectives économiques, il avait insisté sur la nécessité d’accélérer les infrastructures logistiques liées aux mines, désignant la ligne Est comme l’une des priorités absolues de l’exercice budgétaire en cours. Le président de la République a également fixé des délais, le phosphate de Tébessa doit arriver au port d’Annaba d’ici fin 2026 au plus tard au début de 2027.

Gouverner avec des données

Le premier point de la réunion, consacré au système d’aide à la prise de décision, n’est pas sans lien avec ce contexte. Le communiqué parle d’«une approche trans-sectorielle permettant de relier les secteurs et de croiser les données» pour orienter «les politiques publiques dans ses choix stratégiques». Concrètement, il s’agit de doter l’administration d’un outil capable d’agréger des données provenant de différents ministères, des entreprises publiques et des collectivités locales, pour informer des décisions comme l’allocation des crédits d’infrastructure ou le suivi des projets industriels. Ce genre d’outil existe dans plusieurs pays émergents ayant fait le choix d’une planification centralisée par la donnée. Son déploiement en Algérie, s’il aboutit, changerait la façon dont des projets comme le phosphate intégré sont pilotés au quotidien.

Ce qui se joue derrière deux points de gouvernement en apparence techniques, c’est en réalité la capacité de l’État à tenir ses ambitions industrielles dans les délais qu’il s’est fixés. Amar Malki

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