Journées de la musique et de la danse Diwane : Le Diwane reprend vie à Béchar
Sous les plafonds de la Maison de la culture Mohamed-Kadi, mardi soir, les tambours ont résonné comme un rappel. Les Journées de la musique et de la danse Diwane ont ouvert leurs portes à Béchar, convoquant sur scène neuf groupes venus défendre, chacun à leur manière, un art que l’oubli guette et que la jeunesse de la Saoura semble décidée à perpétuer.
La manifestation, organisée dans le cadre du Mois du patrimoine — célébré chaque année du 18 avril au 18 mai —, a réuni dès la première soirée un public nombreux, visiblement attentif à des prestations qui mêlent chant, transe et mouvement. Trois groupes ont ouvert le bal : « Jil El Waha », fondé à Béchar en 2021 sous la direction du Maâlem Abdelhak Fakia ; « Ouchak Diwane » de Kenadza, plus récent encore, né en 2024 de l’initiative du jeune Maâlem Khelifa Mahfoud ; et « Mhala Soudani », conduit par le Maâlem Ahmed Abbi. Trois formations, trois générations, une même fidélité au goumbri, cet instrument à cordes grave et singulier autour duquel s’articule tout l’art Diwane.
Ce qui frappe, à regarder ces jeunes musiciens sur scène, c’est la précision du geste. Le Diwane n’est pas un répertoire qu’on improvise. Il porte ses propres rites, ses propres codes, une gestuelle que les anciens transmettent et que les disciples s’emploient à reproduire sans trahir. Khelifa Mahfoud, le plus jeune des maâlems présents, a été direct sur le sens de l’événement : « L’organisation de cette manifestation constitue une initiative louable pour la promotion du patrimoine culturel de la région et du pays. » Simple, sans emphase. Mais dans sa bouche, le mot « patrimoine » n’est pas un slogan — c’est un engagement.
Son aîné Ahmed Abbi a abondé dans ce sens, en insistant sur une dimension souvent négligée de ce type de rassemblement : l’échange entre groupes. « Ce type de manifestation culturelle et artistique contribue à la valorisation de la musique et de la culture Diwane à travers les différentes performances artistiques, tout en favorisant les échanges entre les groupes participants », a-t-il indiqué à l’APS. Il y a quelque chose de juste dans cette observation. Le Diwane a longtemps vécu en circuits fermés, transmis de maâlem à disciple dans des espaces quasi confidentiels. Le réunir sur une scène publique, confronter les styles, les nuances régionales, c’est lui offrir une visibilité qu’il n’a pas toujours connue.
La Maison de la culture a également mis sur pied une exposition consacrée aux instruments et costumes des groupes participants. Amari Hamdani, directeur de l’établissement organisateur, a précisé que cette exposition « offre aux visiteurs l’opportunité de découvrir en profondeur cet art musical et chorégraphique national ». Une façon de transformer l’événement en quelque chose de plus qu’un concert : une initiation, pour ceux qui ne connaissent le Diwane que de loin, à ses objets, ses couleurs, ses matières.
L’édition réunit au total neuf groupes sur trois soirées. Dans une région comme la Saoura, où la culture Diwane n’est pas une curiosité folklorique mais une pratique enracinée dans les quartiers, trois soirs de représentations publiques pèsent davantage qu’un calendrier chargé ailleurs. Le public le sait. Il est venu, il a écouté, et il reviendra.
Mohand Seghir

