Culture

Alger rend hommage à Abdelkrim Dali : « L’Intemporel »

L’Opéra Boualem-Bessaih a accueilli samedi soir un concert sobre et recueilli, placé sous le signe de la mémoire. Quarante-huit ans après sa disparition, Cheikh Abdelkrim Dali — né en 1914, mort en 1978 — était de nouveau au centre de la scène algéroise, le temps d’une soirée intitulée « L’Intemporel », organisée par la Fondation qui porte son nom sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts.

Dali n’est pas un nom que l’on présente. Maître incontesté de la Sanâa, l’une des trois variantes de la musique andalouse pratiquée en Algérie, il a traversé le XXe siècle comme une voix de référence, formant des générations d’interprètes et gravant des pièces qui, aujourd’hui encore, rythment les fêtes et les cérémonies familiales. C’est précisément ce lien entre l’œuvre et le quotidien algérien qu’a rappelé Wahiba Dali, présidente de la Fondation et fille du Cheikh, dans son allocution d’ouverture. Elle a salué en lui «une figure emblématique de la musique andalouse et symbole de fierté qui continue de faire rayonner la culture algérienne à travers le monde», avant d’insister sur ce qui constitue le cœur de la mission de la Fondation : «transmettre le génie musical d’Abdelkrim Dali aux nouvelles générations et préserver son héritage», un héritage qui, selon elle, «a façonné l’identité musicale algérienne». Sur scène, sous la direction de Leïla Kebir, l’orchestre de la Fondation a accompagné plusieurs interprètes représentant les trois écoles de la musique andalouse algérienne — Alger, Tlemcen, Constantine. Lila Borsali, Wahab Djazouli, Asma Aït Chaabane, Nassima Haffaf et Rifel Kalfat se sont succédé pour revisiter des pièces majeures du répertoire, dont « Saha Aidkoum », l’un des titres les plus associés à la mémoire du Cheikh. Le choix du mot « revisiter » n’est pas anodin : il ne s’agissait pas d’une restitution muséale, mais d’une interprétation vivante, où chaque voix apportait sa couleur propre à des mélodies qui n’ont pas vieilli.

La soirée a aussi comporté un volet de reconnaissance collective. La Fondation a tenu à honorer des artistes et chefs d’orchestre de l’école Sanâa d’Alger pour leur travail pédagogique discret mais décisif. Mohamed Chérif Saoudi et Haroun Moussa, anciens élèves directs d’Abdelkrim Dali, ainsi que Naguib Kateb et Abdelouahab Boukouroura ont reçu un hommage appuyé. Car, la transmission ne passe pas uniquement par les grandes figures tutélaires, elle passe aussi par ceux qui, génération après génération, ont tenu les cordons du répertoire dans les conservatoires et les associations culturelles. « L’Intemporel » ne désigne pas seulement un artiste au-dessus du temps : il désigne aussi un effort continu, année après année, pour que la musique andalouse reste une langue vivante plutôt qu’un objet de musée.

Mohand S.

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