Coopération algéro-américaine sur la lutte contre le trafic de biens culturels : Des outils pour protéger notre héritage civilisationnel
Un séminaire algéro-américain sur la protection du patrimoine culturel s’est tenu samedi au Palais de la culture, réunissant des experts des deux pays autour d’un objectif commun : endiguer le trafic illicite de biens culturels et archéologiques et moderniser les outils de sauvegarde de l’héritage civilisationnel.
La journée d’étude, organisée conjointement par le ministère de la Culture et des Arts, le ministère des Affaires étrangères de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, avec le concours de l’ambassade des États-Unis à Alger, s’inscrit dans le prolongement d’un mémorandum d’entente signé entre les deux gouvernements. Ce texte, qui encadre le contrôle des mouvements de biens culturels, constitue le socle juridique sur lequel repose désormais la coopération bilatérale en matière de lutte contre le pillage et la contrebande d’antiquités.
Les travaux se sont déroulés en deux sessions, matinale et après-midi, selon un format délibérément technique. Loin des déclarations d’intention, les échanges ont porté sur des réalités concrètes : l’état des collections muséales, la vulnérabilité des sites archéologiques, et les capacités opérationnelles dont disposent les deux pays pour faire face aux réseaux de trafic organisé. Le communiqué du ministère souligne que la rencontre a permis d’«explorer la réalité technique et le niveau de préparation dans le domaine de la protection des biens culturels», qu’il s’agisse des pièces conservées dans les musées ou de celles qui gisent encore dans les sites archéologiques «s’étendant à travers les différentes époques historiques».
L’art rupestre de la région de Tefedest
L’art rupestre de la région de Tefedest, au cœur du Parc culturel de l’Ahaggar, a occupé une place centrale dans les débats. Ce patrimoine exceptionnel de l’extrême sud algérien, dont la datation remonte à plusieurs millénaires, est exposé à une double menace : la dégradation naturelle d’un environnement saharien aride, et les interventions humaines, légales ou non. Les experts ont examiné comment les technologies numériques — modélisation 3D, photogrammétrie, relevés par drone — peuvent désormais documenter et surveiller ces gravures et peintures rupestres à une échelle jusque-là impossible. La question n’est plus seulement de les recenser, mais de constituer des archives numériques assez précises pour détecter toute modification ou disparition.
La modernisation des musées a formé le second axe majeur du séminaire. Les interventions ont abordé la construction d’une infrastructure numérique capable de gérer les collections de manière rigoureuse : bases de données interopérables, systèmes d’inventaire sécurisés, outils d’authentification des pièces. Dans un contexte où le marché international des antiquités reste actif et largement opaque, un registre numérique fiable constitue l’un des remparts les plus efficaces contre la légalisation des objets volés. Un bien correctement documenté et référencé est un bien qui peut être identifié, revendiqué et restitué.
La question des restitutions, précisément, n’a pas été esquivée. Le séminaire a intégré une dimension éthique et juridique portant sur «les droits et devoirs relatifs au rapatriement des biens culturels», selon les termes du communiqué. Ce volet illustre l’une des tensions persistantes dans les relations entre pays détenteurs d’un patrimoine archéologique riche et certains musées ou collectionneurs privés occidentaux, qui ont longtemps conservé des pièces acquises dans des conditions douteuses. La coopération algéro-américaine sur ce plan est notable : les États-Unis ont, ces dernières années, multiplié les accords bilatéraux de ce type avec des pays du pourtour méditerranéen et du Proche-Orient, et ont restitué à plusieurs reprises des artefacts à leurs pays d’origine.
Sécurité culturelle
Le dernier volet des travaux a concerné la sécurité culturelle au sens opérationnel du terme. Le trafic d’œuvres d’art et d’antiquités est désormais reconnu comme l’une des formes de criminalité transnationale les mieux organisées, souvent liée au blanchiment d’argent et, dans certaines zones de conflit, au financement d’organisations armées. Le séminaire a donc porté sur le renforcement de la coordination internationale et le développement de «mécanismes sécuritaires communs pour lutter contre les crimes liés aux œuvres d’art et le commerce illicite des antiquités et des monnaies», selon le communiqué officiel. Ce dernier point est loin d’être anodin : le marché des monnaies antiques, moins surveillé que celui des grandes sculptures, est l’un des vecteurs les plus utilisés pour écouler des pièces de provenance illégale.
Au-delà du bilan technique, cette journée d’étude révèle un changement de méthode dans la manière dont l’Algérie aborde la protection de son patrimoine. Le pays dispose d’un héritage archéologique considérable — romain, berbère, islamique, ottoman et préhistorique — dont une partie reste encore insuffisamment inventoriée et donc vulnérable. S’associer à un partenaire disposant d’une expérience avancée en matière de numérisation patrimoniale et de coopération judiciaire internationale est un choix pragmatique. Le mémorandum d’entente avec Washington, dont ce séminaire constitue une mise en œuvre concrète, offre un cadre qui dépasse la simple déclaration diplomatique pour entrer dans le domaine des procédures, des outils et des formations. Le communiqué du ministère conclut sur la vocation de cette coopération à «protéger l’identité historique et préserver l’héritage mondial au bénéfice des générations futures».
Mohand Seghir

