Ghaza : Les tueries se poursuivent malgré le cessez-le-feu
Le cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025 n’a pas mis fin aux tueries. À Ghaza, les frappes et les destructions se poursuivent presque quotidiennement. En Cisjordanie occupée, les déplacements forcés atteignent un niveau inédit depuis des décennies. Lundi à Genève, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a présenté un rapport accablant couvrant la période du 7 octobre 2023 au 31 mai 2025 : crimes de guerre documentés, possibles crimes contre l’humanité, et des préoccupations graves quant au respect de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.
Le chef du bureau du HCDH dans le territoire palestinien occupé, Ajith Sunghay, n’a pas usé de précautions rhétoriques. Devant les délégations réunies à Genève, il a déclaré que « les tueries et la destruction des infrastructures se poursuivent presque quotidiennement » et que « la situation humanitaire générale demeure désastreuse ». Depuis l’annonce du cessez-le-feu, des centaines de Palestiniens ont encore été tués. Le bilan global de l’agression depuis octobre 2023 s’élève désormais, selon les autorités sanitaires palestiniennes, à 72.772 martyrs et 172.707 blessés. Dans les seules dernières vingt-quatre heures, trois martyrs et trois blessés supplémentaires ont été enregistrés. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre 2025, le nombre de martyrs a atteint 880, celui des blessés 2.605, tandis que 776 corps ont été extraits des décombres. De nombreuses autres victimes restent sous les ruines, inaccessibles aux équipes de secours et de protection civile. Le rapport du HCDH documente des violations massives du droit international humanitaire. Il évoque explicitement des crimes de guerre et soulève la question de possibles crimes contre l’humanité. Sur le blocus imposé à Ghaza, Sunghay a été direct : il a provoqué une famine et des conditions de faim généralisée, causant la mort de centaines de personnes. « Toute utilisation de la faim comme méthode de guerre contre des civils constitue un crime de guerre et peut, dans certaines conditions, relever du crime contre l’humanité, voire du génocide », a-t-il affirmé. Les Palestiniens, a-t-il ajouté, n’ont aucun moyen d’assurer leur survie ni de protéger leurs proches.
La situation sur le terrain, telle que décrite par l’OCHA dans un rapport publié lundi soir, confirme cette réalité point par point. De nombreuses familles déplacées vivent dans des tentes surpeuplées ou dans des bâtiments lourdement endommagés, sans accès suffisant à l’eau potable, à l’assainissement ou aux soins de santé. L’Organisation mondiale de la santé estime que plus de 43.000 personnes souffrent de handicaps ou de blessures permanentes à Ghaza, dont un grand nombre d’enfants. Les services de rééducation sont en état de saturation, confrontés à une pénurie grave d’équipements, de prothèses et d’appareils d’assistance. Les risques liés à la protection s’aggravent pour les femmes et les enfants, avec une hausse documentée des cas de travail des enfants, de déscolarisation et de troubles psychologiques.
Sunghay a également alerté sur les déplacements à Ghaza, qui suscitent des inquiétudes concernant un nettoyage ethnique et des transferts forcés de population. Des habitants ont fui des quartiers aujourd’hui entièrement détruits, tandis que des bâtiments continuent d’être démolis illégalement à travers tout le territoire, y compris des immeubles contenant encore des milliers de corps palestiniens non récupérés. En Cisjordanie occupée, le tableau n’est pas moins grave. Le rythme des déplacements forcés y est, selon le HCDH, sans précédent depuis des décennies. L’expansion des colonies a bondi de 80 %, avec 102 nouvelles implantations venant s’ajouter aux 127 existantes. Depuis les attaques du 7 octobre 2023, 1.096 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie, dont environ 20 % d’enfants. À Al-Qods-Est, des Palestiniens sont expulsés de leurs habitations à des niveaux qualifiés d’alarmants, leurs propriétés remises à des colons ou affectées à des projets d’implantation. Trente-trois mille Palestiniens déplacés l’an dernier des camps de Jénine, Tulkarem et Nour Shams ne peuvent toujours pas rentrer chez eux. Le rapport fait en outre état de torture et de mauvais traitements infligés à des détenus palestiniens dans les prisons de l’occupation, incluant des violences sexuelles, des viols, ainsi que des privations de nourriture et de soins médicaux. Face à l’étendue des faits documentés, Ajith Sunghay a conclu par un constat amer : « La plupart des horreurs documentées ici, comme celles documentées pendant des décennies auparavant, sont restées impunies, sans aucune perspective de justice pour les victimes. »
L.S.

