Économie

Accord pétrolier et gazier entre Alger et Bakou 

Quatre ans après sa signature à Alger, le mémorandum d’entente pétrolier algéro-azerbaïdjanais vient d’être ratifié par décret présidentiel et publié au Journal officiel n°38. L’enjeu concret : garantir des livraisons régulières de brut léger azéri à la raffinerie d’Augusta, en Sicile, que Sonatrach avait rachetée à ExxonMobil.

Sur le papier, l’accord se veut large : il « promouvoir la coopération bilatérale dans le domaine du pétrole et du gaz, sur la base de l’égalité et de l’intérêt mutuel ». En pratique, c’est une clause bien précise qui retient l’attention des opérateurs : celle portant sur l’« approvisionnement à long terme en pétrole léger azerbaïdjanais et autres types de pétrole brut » que SOCAR, la compagnie nationale de Bakou, s’engage à fournir à Sonatrach Raffineria Italiana.

Augusta, port industriel du sud-est sicilien, est au cœur du dispositif. Sonatrach y avait mis la main en rachetant la raffinerie à Esso Italiana, filiale d’ExxonMobil. Une acquisition stratégique qui permettait au groupe algérien d’intégrer la chaîne aval en Europe — mais qui supposait de sécuriser les flux d’alimentation. L’accord avec l’Azerbaïdjan répond à cette logique : il verrouille, au niveau gouvernemental, une relation commerciale dont dépend directement la rentabilité de l’outil industriel sicilien.

Les deux compagnies nationales, Sonatrach et SOCAR, sont explicitement désignées dans le texte comme opérateurs de la coopération commerciale. Le mémorandum prévoit la mise en place d’un groupe de travail conjoint chargé de coordonner les projets et de se réunir « alternativement dans chaque pays ». Chaque projet spécifique fera l’objet d’un accord séparé, et chaque partie prend en charge ses propres frais — sauf convention contraire écrite. La durée initiale est fixée à cinq ans, renouvelable tacitement par tranches identiques.

Au-delà du brut, les deux gouvernements ont couché sur papier une liste d’ambitions assez étendues : exploration et production d’hydrocarbures offshore et onshore, développement pétrochimique, transport du GNL et du naphta, mais aussi — et c’est la partie la plus prospective — « l’examen de la possibilité de mise en œuvre de projets de production d’énergie verte », hydrogène en tête. Les ministères de l’énergie des deux pays assureront la coordination générale.

L’Algérie extrait environ un million de barils par jour et produit plus de 100 milliards de m³ de gaz naturel par an. L’Azerbaïdjan tourne autour de 600 000 barils quotidiens et 50 milliards de m³ de gaz. Bakou est plus exposée aux fluctuations des marchés, son économie restant très dépendante des hydrocarbures.

Samira Ghrib

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