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PPI et ligne minière Est : Djellaoui met la pression sur le chantier du siècle

Le ministre des Travaux publics a sillonné mercredi les wilayas d’Annaba, de Guelma et d’El Tarf pour inspecter en personne l’avancement du projet intégré du phosphate — une infrastructure qui doit relier les gisements de Tébessa aux quais d’exportation d’Annaba sur 422 kilomètres de ligne ferroviaire neuve et un port remodelé de fond en comble. Partout, le même message : les délais sont non négociables. Les délais sont posés. Le Président Tebboune les a posé lundi. Les premières cargaisons devront être exportées au premier trimestre 2027.

C’est à Annaba qu’Abdelkader Djellaoui a commencé sa journée, sur le chantier d’extension du port phosphatier où s’élève, pieu par pieu, le futur quai minéralier. Longueur prévue : 1 600 mètres. Tirant d’eau : jusqu’à 16 mètres, assez pour recevoir des navires de grande capacité. Superficie des plateformes à aménager : 82 hectares. Les chiffres donnent le vertige, et les travaux en cours — battage de pieux en acier, bétonnage, dragage, fabrication de brise-lames sur 1 400 mètres de linéaire — sont à l’avenant.

Après avoir suivi un exposé technique et inspecté les différents ateliers, le ministre a fixé une date : « Le remblayage des zones situées derrière le quai, à l’aide de sable marin extrait des opérations de dragage, doit débuter le 15 juin prochain sur une superficie de 52 hectares, en vue de la construction des superstructures du port début octobre prochain. » Pas de marge, pas de conditionnel. Djellaoui a conclu sa visite annabie en martelant « la nécessité d’intensifier les efforts et de mobiliser toutes les ressources humaines et matérielles pour garantir la livraison de cette infrastructure vitale dans les délais contractuels fixés ».

L’enjeu est considérable. Une fois achevé, le port d’Annaba verra sa capacité de chargement de minerais passer de 2 à 10 millions de tonnes par an, devenant la principale porte de sortie du phosphate algérien vers les marchés internationaux.

422 kilomètres de rail sous surveillance

De la côte aux hauts plateaux, la ligne ferroviaire minière Est est le nerf du dispositif. Elle part d’Annaba, traverse Bouchegouf, Guelma, Souk Ahras et Tébessa avant d’atteindre le gisement de Bled El Hadba à Djebel Onk — 422 kilomètres au total, dont chaque tronçon fait l’objet d’un suivi serré. À Guelma, le ministre a inspecté la gare de Bouchegouf, dont la livraison est annoncée pour juillet prochain, ainsi que plusieurs ouvrages d’art dans la commune de Medjez Sfa sur le tronçon central Bouchegouf-Dréa (Souk Ahras), long de 121 kilomètres. Il a également visité la gare de Boudhroura, dans la commune d’Oued Fragha, dont il a salué « l’esthétique architecturale en harmonie avec la nature dans cette région », tout en soulignant « son importance dès lors qu’elle facilitera l’accès des habitants au transport ferroviaire ». La satisfaction était visible. Djellaoui a transmis sur site « les salutations du président de la République pour l’énorme travail accompli » et a estimé que le rythme des travaux « indique que la livraison de ce projet stratégique s’effectuera dans les délais fixés, comme ce fut le cas pour la ligne minière Ouest Gara Djebilet-Béchar ».

La comparaison avec la ligne occidentale n’est pas anodine : elle signifie que l’État considère ce second chantier comme une réédition réussie d’un modèle qui a déjà fait ses preuves.

El Tarf : le tunnel qui résume tout

La dernière étape de la journée s’est tenue dans la wilaya d’El Tarf, où la ligne minière Est traverse 28 kilomètres de territoire avant de rejoindre Annaba. Dans la commune de Chihani, le ministre a examiné l’avancement du tunnel n° 3, long de 527 mètres, achevé à 95 %. « D’ici à environ un mois », selon Djellaoui, qui a néanmoins insisté sur « la nécessité de poursuivre les travaux sur le même rythme soutenu tout en veillant à la qualité d’exécution ». Cinq pour cent restants, quatre semaines pour les boucler : le calendrier laisse peu de place à l’imprévu. Le ministre a également inspecté la gare ferroviaire de Chihani — à un stade avancé d’aménagements intérieur et extérieur — et un viaduc routier situé au croisement de l’entrée du tunnel n° 1. En saluant les efforts de Cosider, l’entreprise publique chargée des travaux, il a qualifié la future gare de « plus-value pour les citoyens de cette commune ». Formule convenue, peut-être, mais qui dit quelque chose de réel : la ligne minière n’est pas qu’une infrastructure industrielle. Elle va aussi désenclaver des localités rurales qui attendent depuis longtemps une connexion ferroviaire digne de ce nom.

Un projet, une double ambition

Le projet intégré du phosphate répond à une double ambition. Industrielle d’abord : porter les exportations de minerai et de dérivés à un niveau qui renforce la position de l’Algérie sur un marché mondial où la demande d’engrais phosphatés reste structurellement forte. Territoriale ensuite : le tracé de la ligne traverse des wilayas de l’intérieur qui bénéficieront des emplois de chantier, puis des activités pérennes liées au transport et à la maintenance.

La visite de mercredi s’inscrit dans une série d’inspections ministérielles qui se sont multipliées depuis le lancement des travaux. Le message politique est clair : le sommet de l’État suit, les entreprises savent qu’elles sont regardées, et les retards ne seront pas absorbés en silence. Reste à voir si la machinerie — administrative, logistique, humaine — tiendra le rythme que le ministre a fixé, chantier après chantier, kilomètre après kilomètre.

Sofia Chahine

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