Culture

Oran: Mahmoud Taleb expose quarante ans de création sous le signe de Novembre

C’est sous le titre « Novembre, que ta grandeur demeure en nous » que l’artiste plasticien et calligraphe oranais Mahmoud Taleb a ouvert, mardi, les portes de sa nouvelle exposition. Vingt-huit tableaux et quatre sculptures réunis dans un même espace pour ce qui ressemble moins à un accrochage ordinaire qu’à une traversée : celle de plus de quarante ans de travail sur la matière, la lettre et la mémoire algérienne.

L’exposition a été inaugurée à l’occasion de la Journée nationale de l’Artiste, célébrée chaque 8 juin, avec la contribution de l’Office régional de la culture et de l’information d’Oran. Le choix de la date n’est pas anodin : Mahmoud Taleb fait partie de ces artistes pour qui la culture algérienne n’est pas un décor, mais un matériau de travail à part entière.

Ce matériau, il le puise à des sources précises. L’artiste a confié à l’APS que ses œuvres s’inscrivent dans « une vision soufie nourrie par le patrimoine poétique algérien », en référence directe aux écrits de l’Emir Abdelkader et du savant et jurisconsulte médiéval Abderrahmane Thaâlibi. Ces deux figures de la pensée islamique en Algérie traversent les toiles et les volumes — présences revendiquées, pas simples références de décor.

Sur le plan plastique, le travail de Taleb croise les arts du pinceau, la calligraphie arabe et la sculpture sur bois. Les tableaux habitent un espace entre abstraction et art lettriste, deux courants qu’il fait coexister sans les opposer. La lettre arabe y est traitée comme forme avant d’être traitée comme signe — ses courbes, ses pleins et ses déliés deviennent des objets visuels autonomes, détachés du seul sens littéral. Plusieurs observateurs du milieu des arts plastiques, présents à l’inauguration, ont relevé la précision du travail sur les détails calligraphiques et la maîtrise du bois dans les pièces sculptées.

La technique employée est également propre à l’artiste. Taleb travaille la résine en complément des couleurs à l’huile, une combinaison qui donne aux surfaces une profondeur et une luminosité inhabituelles. La couleur cuivrée — le bronze — occupe une place centrale dans sa palette. Elle réchauffe l’ensemble, donne aux œuvres une présence physique que les reproductions photographiques restituent mal.

Quarante ans de pratique artistique, une carrière d’enseignant en éducation artistique menée en parallèle, et un parcours d’expositions qui dépasse largement les frontières algériennes : des œuvres de Mahmoud Taleb sont conservées dans des collections permanentes, notamment au Musée de Bagdad en Irak, au Musée de Vienne en Autriche, et dans plusieurs espaces artistiques en Afrique du Sud. Ce rayonnement, discret dans sa communication publique, est réel dans ses traces : des collections permanentes à Bagdad, Vienne et Johannesburg, c’est une présence internationale que peu d’artistes plasticiens algériens peuvent revendiquer.

En marge de l’inauguration, l’artiste a annoncé que sa prochaine série est déjà en chantier. Elle s’intitulera « Elevons-nous par la morale du Prophète » et devrait être présentée à l’occasion de la célébration du Mawlid Ennabaoui Echarif. La démarche reste cohérente avec l’ensemble de son œuvre : une spiritualité ancrée dans la tradition islamique algérienne, exprimée par des formes plastiques qui cherchent à toucher autant qu’à signifier.

L’exposition est ouverte au public à Oran.

M.S.

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