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Le Premier ministre déroule une stratégie globale de lutte contre la drogue : Une question de sécurité nationale

Samedi à Alger, la célébration de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues a pris une dimension solennelle. Présidée par le Premier ministre Sifi Ghrieb sur instruction du président de la République Abdelmadjid Tebboune, la cérémonie organisée au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal a réuni membres du gouvernement, responsables des services de sécurité, magistrats et acteurs de la société civile autour d’un constat : la drogue n’est plus un simple problème de santé publique, c’est une menace stratégique. Et l’Algérie est en guerre.

La tonalité du discours du Premier ministre a frappé par sa clarté. Sifi Ghrieb a tenu à définir le cadre conceptuel dans lequel l’État algérien inscrit désormais son action. «L’État a adopté une doctrine fondée sur le principe selon lequel les drogues ne constituent pas un simple crime, mais une menace stratégique visant la sécurité de l’État, la cohésion de la société et les capacités de la Nation», a-t-il indiqué dans son discours d’ouverture. ce qui dit tout de l’ampleur du défi. La drogue est sortie du champ pénal ordinaire pour entrer dans celui de la sécurité nationale au sens le plus plein du terme.

Ce glissement sémantique n’est pas anodin. Il traduit une réalité que les bilans opérationnels de l’ANP illustrent semaine après semaine. Les frontières ouest de l’Algérie subissent une pression criminelle organisée, structurée, dont le Maroc demeure la plaque tournante. Cannabis traité par centaines de quintaux, cocaïne désormais saisie en quantités significatives, comprimés psychotropes par dizaines de millions, autant de signaux que la menace a muté, diversifié ses vecteurs, et qu’il ne s’agit plus de contenir des réseaux criminels, mais bien de faire face à une véritable guerre qui cible la santé de la jeunesse algérienne.

Une stratégie articulée autour d’impératifs

Face à cette réalité, le Premier ministre a posé les termes d’une stratégie articulée autour d’impératifs que l’État considère désormais comme non négociables. Parmi eux, «la reconnaissance de la lutte contre la drogue comme une question de sécurité nationale, le renforcement des mécanismes de traitement obligatoire, l’introduction de nouvelles incriminations et l’adaptation des textes à l’évolution rapide des modes opératoires criminels, avec le durcissement des peines en cas d’implication dans des réseaux criminels organisés».

C’est en ce sens que la révision récente de la loi relative à la prévention et à la répression de l’usage et du trafic illicites de stupéfiants a été présentée comme un tournant. Le Premier ministre a qualifié cette réforme de «tournant législatif majeur et de changement qualitatif dans la politique pénale de l’État, grâce à l’introduction de nouvelles dispositions et de mesures inédites garantissant une réponse juridique plus rigoureuse et plus efficace face aux nouvelles formes de crime organisé liées aux drogues».

Le Premier ministre a insisté sur une vérité que les pouvoirs publics assument sans détour, la dimension sécuritaire, aussi efficace soit-elle, ne peut à elle seule remporter cette bataille. «La dimension sécuritaire, à elle seule, ne suffit pas. Il est indispensable d’ancrer la culture de la prévention, d’offrir aux jeunes des alternatives sociales, sanitaires et de développement et d’assécher les circuits de trafic et de consommation», a-t-il dit, formulant ainsi les trois piliers d’une doctrine qui intègre la répression sans s’y réduire. Cette bataille, a-t-il martelé, ne peut être gagnée par les seuls appareils d’État. «L’État est conscient que cette bataille ne peut être gagnée par les seuls efforts institutionnels, mais exige une mobilisation nationale globale, avec la participation de l’ensemble des acteurs et forces vives de la société afin de bâtir un front national uni capable de protéger les citoyens et de préserver le pays contre l’un des fléaux les plus dangereux qui menacent son présent et son avenir.»

Un arsenal juridique renforcé

Le ministre de la Justice, garde des Sceaux Lotfi Boudjemaa, a prolongé ce propos en fixant une ligne d’évaluation exigeante. «La force de l’État dans la lutte contre les drogues ne se mesure pas seulement au volume des saisies ou au nombre de réseaux démantelés, bien qu’ils soient d’une importance capitale, mais aussi à sa capacité à construire un système législatif solide et une architecture institutionnelle robuste, capables d’anticiper, de dissuader, de prendre en charge et de s’adapter aux nouvelles mutations de la criminalité organisée», a-t-il affirmé à son tour. Une nuance qui signale que la bataille, aussi intense soit-elle sur le terrain, se joue également dans les prétoires et les textes de loi.

Boudjemaa a par ailleurs situé l’action dans un cadre de refus assumé de la fragmentation. La Stratégie nationale 2025-2029 est conçue, selon ses termes, comme «un cadre national fédérateur, qui traduit la volonté de l’État de passer de la logique d’intervention dispersée à la logique de planification, de coordination, d’évaluation et d’efficacité». Un an après son lancement, il a estimé que sa mise en œuvre avait produit «un saut dynamique institutionnel tangible sur le terrain», confirmant «le bien-fondé du choix opéré par l’État, fondé sur une approche globale et intégrée».

Sur le plan international, l’Algérie entend peser davantage dans les enceintes multilatérales. Boudjemaa a affirmé que le renforcement de la présence algérienne dans les forums régionaux et internationaux constitue «un prolongement naturel de l’effort national et un pilier fondamental pour soutenir la coopération et la coordination face aux menaces communes». Sifi Ghrieb, de son côté, a réaffirmé qu’«Alger continuera à être activement présente dans les différents forums onusiens et régionaux consacrés à cette question, contribuant efficacement à l’échange d’expertises, à l’approfondissement de la concertation et au renforcement des mécanismes de coopération internationale».

Bilan d’étape

Un an après l’entrée en vigueur de la Stratégie nationale de lutte contre la drogue et les psychotropes 2025-2029, lancée sous le slogan «ensemble nous relevons le défi», le bilan d’étape a été officiellement remis au ministre de la Justice lors de la cérémonie. Ce rapport, élaboré par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), dresse l’inventaire des réalisations de la première année et formule les recommandations pour amplifier l’efficacité du dispositif. Le directeur général de l’ONLCDT, Tarek Kour, a souligné que le président Tebboune accorde à cette question «une attention particulière», la traitant comme «une priorité nationale liée à la santé du citoyen, à la sécurité de la société et à l’avenir de la jeunesse». Il a estimé qu’«après une année de mise en œuvre de la Stratégie nationale, on peut dire que le bilan initial reflète une dynamique positive, une large mobilisation et une implication significative des différents acteurs». Kour a également mis en avant des acquis sur le plan de l’influence internationale. L’Algérie a été élue, «pour la première fois depuis l’indépendance», à travers le Professeur Zbihi Younès, membre de l’Organe international de contrôle des stupéfiants pour le mandat 2027-2032. Le Dr Boumrah Yacine a quant à lui été désigné expert indépendant au sein du groupe d’experts chargé d’étudier le système international de contrôle des drogues. Des nominations qui, selon Kour, «renforcent la position de l’Algérie au sein du système d’expertise et de décision international» et consacrent sa présence «en tant qu’État partenaire et acteur dans l’effort international commun».

Les forces de sécurité à l’honneur

La cérémonie s’est conclue par la remise de distinctions aux services ayant réalisé les «meilleures opérations qualitatives» en matière de lutte contre la drogue. Le lieutenant-colonel Khenfoussi Laala, représentant la Gendarmerie nationale, a été honoré au titre du ministère de la Défense nationale. Le contrôleur de police Aknouche Madjid l’a été pour la Direction générale de la Sûreté nationale, et l’officier des brigades douanières Chouiref Abdelouahab au titre de la Direction générale des Douanes. Une reconnaissance symbolique qui dit, en creux, que la guerre contre les réseaux de narcotrafic se joue chaque jour sur le terrain, loin des tribunes officielles — et que ceux qui la mènent méritent d’être nommés.

Salim Amokrane

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