L’Iran annonce une «zone interdite» près du détroit d’Ormuz
Cette zone débutera à la ligne du blocus imposé par la marine américaine et s’étendra à certains secteurs du Golfe ; tout navire y pénétrant sera, selon Téhéran, inscrit sur une liste de sanctions.
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohsen Rezaï, a annoncé dimanche que Téhéran allait déclarer, dans les prochains jours, une « zone interdite » à l’extérieur du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique par laquelle transite une part majeure du commerce mondial d’hydrocarbures et que l’Iran affirme contrôler depuis le déclenchement de sa guerre avec les États-Unis fin février. Selon les propos rapportés par la télévision publique iranienne, cette zone débutera à la ligne du blocus imposé par la marine américaine et s’étendra à certains secteurs du Golfe ; tout navire y pénétrant sera, selon Téhéran, inscrit sur une liste de sanctions. Cette annonce intervient après une nouvelle série d’attaques réciproques en mer ces derniers jours, notamment dans le détroit d’Ormuz, et alors que l’Iran a menacé les États-Unis d’une réponse « plus intense ». Après une accalmie relative observée en août, les hostilités ont repris le 30 du même mois à l’initiative de Washington ; Téhéran a répliqué en visant des intérêts liés à ses adversaires régionaux, poursuivant une dynamique de confrontation ouverte depuis l’offensive américano-israélienne de fin février.
Depuis vendredi, les échanges se concentrent essentiellement sur l’eau, dans une région du Golfe où le trafic maritime demeure très restreint du fait du verrouillage du détroit par l’Iran et du blocus naval imposé en retour par les États-Unis aux ports iraniens. Selon Washington, un porte-avions et un destroyer américains auraient « échappé à de multiples attaques iraniennes non provoquées » ; l’armée américaine affirme avoir riposté samedi en frappant trois pétroliers qu’elle dit liés aux Gardiens de la révolution. Ce corps d’élite iranien affirme de son côté avoir visé en représailles trois pétroliers dans le détroit d’Ormuz ainsi que « trois navires affiliés à l’Amérique » dans d’autres secteurs. Tôt dimanche, Téhéran a par ailleurs annoncé avoir attaqué un drone naval qui aurait tenté de pénétrer dans le détroit, une version aussitôt démentie par le porte-parole du Commandement américain pour le Moyen-Orient, Tim Hawkins, qui a assuré qu’« aucun navire américain n’a été attaqué » ce jour-là.
Sur le plan politique, les deux camps ont durci le ton. Le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, a estimé que « l’ère des ripostes proportionnées » était révolue, promettant que toute agression contre les intérêts iraniens recevrait une réponse « plus rapide, plus intense et plus douloureuse ». En miroir, le chef du Centcom, Brad Cooper, a averti que toute attaque contre des navires américains entraînerait une riposte disproportionnée.
Malgré l’intensité du conflit, l’Iran affirme maintenir ses exportations pétrolières. Le ministre iranien du Pétrole, Mohsen Paknejad, a indiqué que le brut continuait d’être expédié sans interruption majeure, l’île de Kharg, qu’il a décrite comme l’« artère vitale » des exportations du pays, ayant selon lui subi plus de 550 attaques depuis le début du conflit sans que le chargement des pétroliers ne cesse. Il a également évoqué la recherche de nouvelles routes maritimes permettant d’atteindre des clients éloignés malgré le blocus, ainsi que des niveaux de production de gaz qu’il a qualifiés de records.
Dans ce contexte, le Qatar a mis en garde contre une possible normalisation de l’instabilité dans le Golfe. Lors du Forum Hili à Abou Dhabi, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al Ansari, a estimé que la région ne pouvait plus être considérée comme un « havre de stabilité », rappelant que le détroit d’Ormuz n’avait jamais été fermé, pas même durant la guerre Iran-Irak, et que la crise actuelle avait rompu un « tabou » sur l’usage des grandes voies maritimes comme moyen de pression. Il a toutefois souligné la résilience des États du Golfe, plus de 90 % des attaques ayant selon lui été déjouées sans recours aux réserves stratégiques.
Ces tensions se répercutent sur les marchés. Le baril de Brent s’échangeait lundi autour de 97,50 dollars, en hausse de plus d’un point, porté à la fois par les craintes de perturbation du trafic à Ormuz et par la décision de sept pays de l’OPEP+, dont l’Algérie, de maintenir leur production inchangée en octobre. Parallèlement, Mohsen Rezaï a annoncé qu’un accord serait prochainement signé entre l’Iran et Oman pour créer un nouveau corridor maritime dans le détroit, dont les accès resteraient sous contrôle iranien, une perspective qui a contribué à limiter la hausse des cours, sans toutefois dissiper les incertitudes entourant l’évolution du conflit.
Lyes Saïdi

