Sonelgaz et Senelec scellent leur partenariat : L’Algérie met son savoir-faire au service du Sénégal
Un mémorandum d’entente a été signé samedi à Alger entre le groupe public algérien et la société nationale d’électricité du Sénégal. Il consacre l’ancrage de Sonelgaz en Afrique de l’Ouest et illustre une diplomatie énergétique algérienne tournée vers le continent, alors que Dakar entre dans l’ère du gaz.
Sonelgaz et la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) ont signé, samedi à Alger, un mémorandum d’entente destiné à encadrer leur coopération. Il intervient au moment où le Sénégal, devenu producteur de gaz, cherche à transformer cette ressource en électricité, et où l’Algérie met son expertise énergétique à la disposition de ses partenaires africains. Le document a été signé par le directeur général par intérim de Sonelgaz, Nabil Kafi, et le directeur général de Senelec, Gaye Toby. La cérémonie s’est tenue sous la supervision du ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, et de son homologue sénégalais de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, en présence de l’ambassadeur du Sénégal à Alger. Pour M. Adjal, ce mémorandum « intervient pour encadrer les activités de coopération et constitue une étape essentielle dans le renforcement des relations bilatérales, traduisant la volonté commune de construire des partenariats solides et fructueux entre les entreprises des deux pays ». Cette signature prolonge les discussions engagées en août, lorsque les deux ministres s’étaient entretenus par visioconférence, le 31 août, sur l’élargissement de la coopération dans l’énergie, l’électricité et les énergies renouvelables. Adjal y voit d’ailleurs l’occasion de « réaffirmer la profondeur des relations historiques et fraternelles unissant l’Algérie et le Sénégal ». Il a ajouté que cette rencontre incarne la volonté de renforcer la coopération Sud-Sud et de promouvoir une intégration africaine fondée sur la solidarité et les intérêts mutuels.
M. Adjal a annoncé la disponibilité de l’Algérie à accompagner Dakar dans sa stratégie « Gas to Power », qui vise à valoriser ses ressources gazières pour produire de l’électricité, dans le cadre de la Vision Sénégal 2050. « Nous mettrons à la disposition de la partie sénégalaise l’expertise de nos entreprises nationales et de nos cadres sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique », a-t-il déclaré, précisant que cela se ferait « dans un esprit de solidarité, de partenariat et d’intérêt commun ».
Un accord intergouvernemental annoncé pour décembre
Le ministre sénégalais a, de son côté, salué l’expertise algérienne en matière de production, de transport et de distribution d’électricité, ainsi que dans la gestion des entreprises énergétiques. Il a rappelé les orientations du président de la République du Sénégal, qui souhaite tirer parti de l’expérience algérienne. M. Diouf a aussi annoncé la conclusion, en décembre prochain à Dakar, d’un accord de coopération entre les deux gouvernements dans le domaine de l’énergie. La délégation sénégalaise devait visiter dans la journée plusieurs installations énergétiques, pour mesurer les réalisations des entreprises algériennes.
Ce rapprochement arrive à un moment clé pour Dakar. Le Sénégal est entré dans le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures avec le pétrole de Sangomar en juin 2024. Il y a ajouté le gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, dont la production a démarré le 31 décembre 2024 et dont la première cargaison de GNL a été chargée en avril 2025, pour une capacité annoncée d’environ 2,5 millions de tonnes par an. Le gouvernement veut désormais valoriser cette ressource. Il a annoncé la fin des importations de gaz dès 2026, et le Fonds souverain d’investissements stratégiques (Fonsis) a lancé en février un appel à partenariat pour une centrale à gaz de 500 MW. Les autorités tablent sur une baisse du prix du kilowattheure, de 117 à environ 60 F CFA, une fois les réformes menées à terme. Convertir le gaz en électricité exige des centrales, des réseaux, de la maintenance et des compétences, un savoir-faire que Sonelgaz met en avant.
Pour le groupe public national, le Sénégal est un marché clé d’un déploiement ouest-africain mené avec méthode. Dès mars 2025, Sonelgaz avait annoncé des consultations avec le Sénégal, la Guinée-Bissau, la Gambie et le Cap-Vert, en s’appuyant sur les résultats de sa coopération avec la société nigérienne Nigelec. Celle-ci s’est concrétisée par une centrale de 40 MW offerte par l’Algérie à Niamey, réalisée par Sonelgaz International et mise en service le 3 juin 2026. Huit agents nigériens avaient été formés auparavant dans les écoles du groupe. Cette approche intégrée, qui associe équipements, réalisation, exploitation et formation, constitue la carte de visite de Sonelgaz sur le continent. Elle s’inscrit dans les directives du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en faveur de l’élargissement du partenariat international et du renforcement de la coopération à l’échelle continentale. M. Adjal les avait rappelées en avril en échangeant avec son homologue ivoirien. Les relations avec Dakar ont gagné en intensité depuis la visite à Alger, fin juillet, du ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang. Les deux pays ont alors fait de l’énergie le principal axe de leur rapprochement, convenu de préparer une Commission mixte avant la fin de l’année et de relancer le Conseil d’affaires algéro-sénégalais. La coopération entre Sonatrach et Petrosen, de l’exploration à la pétrochimie, avait été abordée avec le ministre d’État Mohamed Arkab. Le rendez-vous de décembre à Dakar doit donner un cadre intergouvernemental à ce partenariat Sud-Sud qui s’impose en modèle en la matière.
Amar Malki

