GNL : Les exportations algériennes ont plus que doublé depuis janvier
Les exportations algériennes de gaz naturel liquéfié ont bondi de 41 % en un mois, portées par les turbulences géopolitiques au Moyen-Orient. La guerre en Iran a redistribué les cartes de l’approvisionnement mondial, faisant de l’Algérie un fournisseur central courtisé par six pays européens et méditerranéens.
Les chiffres sont nets. Selon les données publiées par la Energy Research Unit (ERU, Washington), les exportations algériennes de GNL ont atteint 938 000 tonnes en mars 2026, contre 667 000 tonnes en février et 440 000 tonnes en janvier. En l’espace de deux mois, le volume a plus que doublé, affichant une progression de 112 % par rapport au début de l’année. La tendance confirme, selon la même source, que les exportations algériennes sont entrées dans une phase de redressement sensible. Ce rebond ne doit pas grand-chose au hasard. Il coïncide avec l’embrasement du Moyen-Orient et les perturbations des flux de gaz transitant par le détroit d’Ormuz, principale voie d’acheminement des hydrocarbures du Golfe vers les marchés mondiaux. Dans ce contexte de tension, la position géographique de l’Algérie s’est révélée un atout décisif : ses deux terminaux méthaniers d’Arzew et de Skikda expédient leurs cargaisons directement vers les ports européens, sans emprunter les routes maritimes exposées aux risques du conflit. L’ERU souligne que les livraisons algériennes sont devenues « l’option la plus rapide et la moins risquée » pour les acheteurs européens cherchant à sécuriser leurs approvisionnements.
Six pays ont ainsi reçu du GNL algérien en mars. La France arrive en tête pour la première fois depuis août 2025, avec 347 000 tonnes, soit une progression de 18 % par rapport à mars 2025, où elle en avait importé 294 000 tonnes. La Turquie suit en deuxième position avec 337 000 tonnes, mais accuse un recul de 31 % sur un an — elle absorbait 492 000 tonnes en mars 2025. Le Royaume-Uni pointe à la troisième place avec 76 000 tonnes, en légère hausse par rapport aux 61 000 tonnes de mars 2025. L’Espagne, avec 74 000 tonnes, affiche certes un repli de 59 % sur un an — elle en importait 182 000 tonnes en mars 2025 —, mais elle fait son retour dans la liste des clients algériens pour la première fois depuis novembre 2025, sachant que les volumes transitant par le gazoduc Medgaz demeurent solides. La Croatie s’invite quant à elle dans le tableau avec 71 500 tonnes, un volume inédit puisqu’elle n’avait reçu aucune cargaison algérienne en mars 2025. L’Italie ferme la marche avec 33 000 tonnes, en baisse de 44 % par rapport aux 59 000 tonnes de l’an dernier, mais qui elle aussi enregistre une hausse des volumes transitant par le gazoduc Transmed.
Cette géographie des destinations révèle une concentration quasi exclusive sur l’Europe, reflet d’une stratégie commerciale qui mise sur la proximité et la sécurité des routes maritimes. L’Algérie profite également des opportunités offertes par le marché spot, où la volatilité des prix liée au conflit iranien a ouvert des fenêtres de vente avantageuses.
La performance de mars reste cependant à relativiser. L’ERU relève que, malgré ce rebond mensuel, les exportations de mars 2026 demeurent inférieures de plus de 210 000 tonnes à celles de mars 2025, qui avaient culminé à 1,15 million de tonnes. Le niveau atteint ce mois-ci ne constitue donc pas un record absolu, mais bien une récupération partielle après des volumes déprimés en début d’année.
Il n’en reste pas moins que la conjonction d’une offre disponible — grâce aux capacités installées à Arzew et Skikda — et d’une demande européenne en quête de diversification place l’Algérie dans une position rare : celle d’un fournisseur stable dans un marché mondial sous tension.
Samira Ghrib

