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Guerre au Moyen-Orient : L’Iran referme le détroit d’Ormuz

Ouvert vendredi, fermé de nouveau samedi. En moins de 24 heures, le détroit d’Ormuz est redevenu le théâtre d’une confrontation directe entre Téhéran et Washington.

L’Iran a annoncé avoir rétabli son contrôle strict sur cette voie maritime par laquelle transite environ un cinquième du pétrole mondial, invoquant la poursuite du blocus américain de ses ports malgré un accord préalable. Des coups de feu ont été tirés sur un pétrolier. Les négociations nucléaires, elles, se poursuivent à Islamabad. La séquence s’est enclenchée dans la matinée du samedi. Le commandement central des forces armées iraniennes a publié un communiqué sans ambiguïté : l’Iran « conformément aux accords précédents lors des négociations, a accepté de bonne foi le passage d’un nombre limité de pétroliers et de navires commerciaux à travers le détroit d’Ormuz de manière contrôlée. Mais malheureusement, les Américains, avec les manquements répétés dont ils ont l’habitude, continuent le brigandage et la piraterie maritime sous le prétexte soi-disant d’un blocus. » En conséquence, « le contrôle du détroit d’Ormuz est revenu à son état antérieur et ce détroit stratégique est sous la gestion et le contrôle strict des forces armées » iraniennes. Quelques heures plus tard, le porte-parole du ministère de la défense iranien, Sardar Talaee-Nik, précisait que « le passage des navires militaires ou affiliés aux forces hostiles à travers le détroit est interdit », tout en qualifiant la mesure de « temporaire ». La tension a rapidement franchi un nouveau palier : selon l’agence maritime britannique UKMTO, deux vedettes des Gardiens de la révolution islamique ont approché un pétrolier à une vingtaine de milles marins au nord-est d’Oman et « ont ouvert le feu sur le pétrolier » sans aucun avertissement radio préalable. L’agence a précisé que le navire et son équipage étaient « sains et saufs » et que les autorités menaient l’enquête, sans identifier le bâtiment ni sa destination.

C’est dans ce contexte que le Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei a publié un communiqué à l’occasion de l’anniversaire de la création de l’armée iranienne. « Tout comme ses drones, qui frappent les États-Unis et les assassins sionistes avec la rapidité de l’éclair, sa vaillante marine est également prête à infliger de nouvelles défaites cuisantes à ses ennemis », y écrit-il, ancrant la crise du détroit dans le récit plus large du conflit régional.

Sur le front diplomatique, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a choisi la prudence et la fermeté mêlées. En marge du Forum de la diplomatie d’Antalya, en Turquie, il a rappelé que « les Américains ne peuvent imposer leur volonté de faire le siège de l’Iran alors même que ce dernier, animé de bonnes intentions, s’efforce de faciliter le passage en toute sécurité à travers le détroit d’Ormuz. » Interrogé sur les déclarations parfois contradictoires de Washington, il a répondu avec une pointe d’ironie : « Vous savez, la partie américaine tweete et parle beaucoup. C’est parfois confus, contradictoire. » Il a ajouté qu’il appartenait « au peuple américain de décider si ses déclarations sont cohérentes ou conformes au droit international. »

À Washington, Donald Trump a adopté un double registre. Lors de la signature d’un décret à la Maison-Blanche, il a assuré que l’Iran « ne peut pas nous faire chanter », tout en faisant état de « très bonnes conversations » en vue d’une cessation durable des hostilités. « Cela se passe en fait très bien et nous en saurons plus d’ici la fin de la journée. Nous parlons avec eux et nous adoptons une position ferme », a-t-il déclaré. Le président américain a également affirmé que l’uranium enrichi stocké par l’Iran serait « rapporté aux États-Unis », une déclaration susceptible de compliquer davantage les pourparlers en cours.

Car les négociations se poursuivent. Un nouveau cycle de discussions nucléaires doit se tenir à Islamabad lundi, selon des sources iraniennes proches des négociations citées par CNN. Un premier round, tenu la semaine précédente au Pakistan, s’était achevé sans accord après plusieurs heures de discussions. Le cessez-le-feu de deux semaines négocié par Islamabad expire cette semaine, ce qui confère à ce nouveau round une urgence particulière. Le chef de la diplomatie égyptienne, Badr Abdelatty, présent lui aussi à Antalya, a dit espérer « un accord final entre les États-Unis et l’Iran dans les tout prochains jours », soulignant que Le Caire travaillait « sans relâche en coopération avec le Pakistan » pour favoriser la désescalade.

Le contexte régional dans lequel s’inscrit cette crise est celui d’un conflit déclenché le 28 février, lorsque les États-Unis et l’entité sioniste ont lancé une offensive conjointe contre l’Iran, à laquelle Téhéran a répondu par des frappes sur les cibles israéliennes et des infrastructures américaines dans la région. Le détroit d’Ormuz, point de passage obligé pour une part considérable des exportations énergétiques mondiales, est ainsi devenu l’un des points de pression les plus sensibles de ce bras de fer.

Lyes Saïdi

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