Économie

Gazoduc transsaharien : Un projet plus réaliste et plus viable, souligne un expert américain

Face aux deux projets de gazoducs africains qui se disputent l’attention des capitales européennes, un responsable international a rendu son verdict : le gazoduc algérien traversant le Sahara est plus viable, moins coûteux et déjà partiellement ancré dans une infrastructure existante. Son concurrent atlantique, porté par le Maroc, souffre de complexités techniques, juridiques et financières qui compromettent sérieusement sa concrétisation. C’est Jeff Porter, président de North Africa Risk Consultancy (NARCO), qui a livré cette analyse dans un entretien accordé à la plateforme spécialisée Attaqa. Son évaluation intervient dans un contexte de recomposition accélérée des marchés énergétiques mondiaux, sous l’effet des tensions géopolitiques liées au conflit au Moyen-Orient et qui ont profondément redistribué les priorités des pays consommateurs, à commencer par l’Europe. Le gazoduc transsaharien, qui relierait le Nigeria à l’Algérie avant de desservir l’Europe, présente selon Porter des avantages structurels difficilement contestables : tracé plus court, complexité technique moindre, et appui sur des équipements existants. À l’inverse, le projet atlantique marocain cumule les handicaps. Porter le décrit comme «coûteux, complexe et porteur de multiples problèmes juridiques» — une formulation qui tranche avec les annonces enthousiastes qui ont accompagné ce dossier depuis son lancement officiel. Le verdict est net : entre les deux projets concurrents, c’est le tracé algérien qui tient la route.

Cette lecture s’inscrit dans un moment charnière pour les marchés gaziers. Les tensions autour de l’Iran ont ravivé l’urgence européenne de diversifier ses approvisionnements et de sécuriser des flux stables sur le long terme. Dans ce contexte, l’Algérie voit son positionnement stratégique renforcé. Elle dispose déjà de deux artères gazières vers le Vieux Continent : le gazoduc Transmed vers l’Italie et le Medgaz vers l’Espagne, deux infrastructures jugées «d’importance stratégique» par Porter pour la sécurité des approvisionnements européens. Il souligne dans ce contexte la position de l’Algérie et de sa production gazière qui s’impose comme alternative fiable.  Il souligne cependant des défis notamment en ce qui concerne les niveaux de production à rehausser et l’évolution de la consommation interne, au moment où la génération d’électricité compte pour 98% sur le gaz, ce qui laisse peu de marges pour absorber une hausse rapide des exportations. Des années de sous-investissement dans l’exploration et la production ont réduit les capacités excédentaires disponibles. Résultat : l’Algérie se trouve prise en étau entre une demande intérieure soutenue et des engagements extérieurs croissants. Pour Porter, le seul levier crédible reste l’accélération des investissements dans le secteur amont — une évidence stratégique qui se heurte encore à des délais de mise en œuvre importants.

Crise énergétique au Maroc

La photographie régionale que dresse Porter est contrastée. Si l’Algérie et la Libye tirent profit des perturbations actuelles des approvisionnements, le Maroc en subit les contrecoups de plein fouet. Entièrement dépendant des importations gazières, le royaume a enregistré une interruption de fourniture de quatre jours en mars, suivie d’une absence totale de livraisons début avril. Une vulnérabilité qui pourrait le contraindre à accentuer son recours au charbon — un paradoxe pour un pays qui se présente comme champion des énergies renouvelables. La Tunisie, de son côté, continue de tirer profit du transit du Transmed sur son territoire, qu’elle monnaie en livraisons de gaz en nature.

Sabrina Aziouez

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