Conflit au Moyen-Orient : Trump menace de nouveau l’Iran
Téhéran soumet un plan de paix en quatorze points, Washington maintient son blocus naval et brandit la menace d’une reprise des frappes. Les gardiens de la révolution iraniens posent l’équation en termes crus : Donald Trump n’aurait le choix qu’entre une « opération impossible » ou un « mauvais accord ».
Depuis le 13 avril, la marine américaine maintient un blocus sur le trafic maritime iranien dans le détroit d’Ormuz, voie par laquelle transite une part considérable du pétrole mondial. Donald Trump, interrogé samedi en Floride sur la contradiction apparente entre ce dispositif et sa déclaration de vendredi annonçant la « fin des hostilités », a balayé l’objection d’une formule : « C’est un blocus très amical. Personne ne le conteste. » La veille, il avait pourtant admis, avec une désinvolture qui a aussitôt fait réagir Téhéran, que ses forces saisissaient des navires et leurs cargaisons pétrolières. « Nous sommes comme des pirates », avait-il lancé, en ajoutant : « Nous ne plaisantons pas. »
Ces propos ont provoqué une réaction immédiate du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismail Baqai. Celui-ci a estimé sur la plateforme X que le président américain avait livré un « aveu direct et accablant du caractère criminel » des opérations navales américaines contre la navigation internationale. Il a appelé la communauté internationale et le secrétaire général des Nations unies à rejeter toute « normalisation » de telles pratiques au regard du droit international.
Dans ce contexte de tension persistante, Téhéran a transmis jeudi au Pakistan un plan en quatorze points destiné à servir de base à la reprise des négociations avec Washington, avec pour objectif de parvenir à un accord dans un délai de trente jours. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a résumé la position de son pays avec une clarté délibérée : « La balle est dans le camp des États-Unis, qui doivent choisir entre la voie de la diplomatie ou la poursuite d’une approche conflictuelle. » Il a précisé que l’Iran se disait « prêt aux deux options ».
Donald Trump, de son côté, a indiqué sur son réseau social Truth Social qu’il examinerait prochainement cette proposition, tout en affichant d’emblée un scepticisme marqué. « Je ne peux m’imaginer qu’elle soit acceptable, parce qu’ils n’ont pas encore payé un prix suffisant pour ce qu’ils ont fait à l’humanité et au monde depuis 47 ans », a-t-il écrit, dans une formulation qui conditionne d’ores et déjà la suite des échanges à des exigences non définies. Il a par ailleurs maintenu que la reprise des opérations militaires demeurait « une possibilité », sans préciser quelles circonstances pourraient la déclencher.
Du côté iranien, les déclarations militaires ont pris une tonalité plus offensive au fil du week-end. Un haut responsable du quartier général militaire, Mohammad Jafar Asadi, a jugé qu’un nouveau conflit entre les deux pays était désormais « probable », estimant que « les preuves montrent que les États-Unis ne respectent aucun engagement ni accord ». Il a ajouté que les forces armées iraniennes étaient « en état de préparation totale face à toute nouvelle aventure ou erreur de calcul » de Washington.
Un rapport de force en défaveur des USA
Les gardiens de la révolution ont, eux, développé leur analyse dans un communiqué diffusé par la télévision d’État, attribué à leur service de renseignement. Selon eux, le rapport de force a évolué en défaveur des États-Unis en raison d’un « changement de ton » de la Chine, de la Russie et de l’Europe à l’égard de Washington. « La marge de manœuvre des États-Unis est désormais limitée », affirment-ils, soulignant que Téhéran avait posé un « ultimatum » concernant le blocus de ses ports et que Washington aurait accepté les « conditions de négociations » iraniennes, sans que cela ait été confirmé du côté américain.
Sur le plan maritime, un épisode venu confirmer les limites du blocus a été relevé dimanche par TankerTrackers, une société spécialisée dans le suivi des pétroliers. Selon cette entreprise, un superpétrolier de la National Iranian Tanker Company, transportant plus de 1,9 million de barils d’une valeur d’environ 220 millions de dollars, aurait « réussi à échapper » au dispositif naval américain. Le navire, qui n’émettait plus de signal de localisation depuis le 20 mars, aurait été aperçu dans le détroit de Lombok, en Indonésie, avant de regagner l’Iran. TankerTrackers indique également que plusieurs pétroliers iraniens stationneraient dans la zone économique exclusive du Pakistan, hors de portée de la marine américaine.
Nouvelles règles dans le détroit d’Ormuz
L’Iran a par ailleurs annoncé, par la voix des gardiens de la révolution, l’instauration de « nouvelles règles » maritimes sur près de 2 000 kilomètres de son littoral dans le Golfe et le détroit d’Ormuz, décision présentée comme une directive du guide suprême Mojtaba Khamenei. Aucun détail opérationnel n’a été fourni pour l’instant.
Le War Powers Act de 1973 imposait au président des États-Unis d’obtenir l’autorisation du Congrès pour poursuivre les hostilités au-delà de soixante jours, échéance atteinte vendredi. Trump a choisi d’adresser une lettre aux responsables parlementaires pour les informer que les hostilités étaient « terminées », s’évitant ainsi une confrontation avec le Congrès. Plusieurs élus démocrates ont toutefois contesté cette lecture, faisant valoir que la présence continue de forces américaines dans la région contredisait cette déclaration. Le président a rétorqué que certains de ses prédécesseurs avaient agi sans l’aval du Congrès et que ces décisions avaient souvent été jugées « inconstitutionnelles », sans préciser davantage sa position juridique.
Lyes Saïdi

