France : La fronde lycéenne s’installe, l’exécutif peine à éteindre l’incendie
La France n’en finit pas de gronder. Trois semaines après son déclenchement, la colère des lycéens ne retombe pas et menace de gagner d’autres secteurs, sur fond de contestation de la politique budgétaire de l’exécutif et de tensions sociales dans plusieurs corporations. La préfecture de police de Paris a fait état, samedi, de 824 interpellations en Île-de-France depuis le début du mouvement, dont 85 % de mineurs. Le syndicat lycéen appelle à une nouvelle journée d’action mardi, avec des manifestations dans toutes les grandes villes du pays. Son président, Riyad Rani, parle d’une « journée de mobilisation nationale majeure ». Une large intersyndicale de l’éducation a rejoint l’appel, grève à la clé. Les élèves réclament de meilleures conditions d’étude en raison de journées trop chargées, salles de classe surchauffées, absences récurrentes de personnel. Le gouvernement juge ces doléances légitimes, mais refuse toute forme de violence.
Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, estime que le mouvement est « pris en otage par des groupuscules ultra-violents ». Selon son bilan, 65 personnels ont été blessés, dont 40 chefs d’établissement, de même qu’environ 170 élèves, et plus de 100 lycées ont subi de lourds dégâts. Il a exhorté les parents à dissuader leurs enfants de manifester. Son collègue de la Justice, Gérald Darmanin, a pour sa part demandé aux parquets de faire supporter aux familles le coût des réparations. Près de 2 000 personnes, dont 90 % de mineurs, ont été placées en garde à vue. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a évoqué 735 établissements touchés et des violences aux abords de 158 d’entre eux, avec jets de projectiles contre les forces de l’ordre, les enseignants, les journalistes et les passants.
Le dossier a aussi pris une tournure politique. Le gouvernement accuse La France insoumise, dont le chef de file Jean-Luc Mélenchon est candidat à la présidentielle, d’être derrière le mouvement. Le parti, par la voix de Manuel Bompard, dénonce une dérive vers les « théories du complot » et y voit l’expression d’une frustration réelle chez les jeunes.
Le bilan global dépasse désormais les 5 000 interpellations. Après avoir reçu les organisateurs vendredi, M. Geffray a reconnu qu’il ne serait « pas en mesure » de trancher sur la rentrée 2027, qui suivra le scrutin présidentiel. Faute de réponse, la contestation pourrait durer et s’étendre, alors que le pouvoir peine déjà à répondre aux revendications des salariés en pleine crise économique et financière, à l’approche d’une échéance électorale décisive.
L .S.

