Cisjordanie occupée : Un projet colonial vise à fragmenter le territoire palestinien
Un vaste projet colonial actuellement mis en œuvre en Cisjordanie occupée menace de couper le nord du territoire de son centre et de son sud, selon un rapport publié samedi par le Bureau national palestinien pour la défense des terres et la résistance à la colonisation, alors que l’escalade des violences et de l’expansion coloniale continue de mobiliser la communauté internationale, avec une nouvelle mise à jour de la liste onusienne des entreprises liées aux colonies et une séance du Conseil de sécurité annoncée pour lundi.
Selon ce rapport hebdomadaire relayé par l’agence de presse palestinienne Wafa, le Conseil des colonies du nord de la Cisjordanie, dit « Conseil des colonies de Samarie », dirigé par le colon Yossi Dagan, œuvre de concert avec l' »Union des fermes » coloniales à l’édification d’un corridor reliant plusieurs colonies et avant-postes établis illégalement sur des terres palestiniennes. Des cartes rendues publiques récemment montrent un bloc colonial s’étirant d’est en ouest, entre le nord et le centre du territoire occupé, articulé autour de la zone de « Qana », où les autorités d’occupation cherchent à assurer une continuité territoriale entre les colonies d’Ariel et d’Emmanuel, dans le gouvernorat de Salfit, et celle d’Itamar, dans le gouvernorat de Naplouse. Ce corridor projeté relierait Itamar, à l’est, à plusieurs implantations et avant-postes disséminés autour de Wadi Qana, avant de rejoindre le vaste bloc colonial constitué autour d’Ariel. D’après le rapport, sa concrétisation romprait la continuité géographique entre le nord et le centre de la Cisjordanie occupée, réduisant plusieurs villes et localités palestiniennes de la région à l’état d’enclaves cernées de toutes parts. Le dispositif accentuerait par ailleurs l’étau autour des gouvernorats de Jénine, Naplouse, Qalqilya et Salfit, restreignant d’autant les marges d’expansion urbaine et les perspectives de développement économique et agricole des populations palestiniennes. Le document évoque une architecture associant les institutions gouvernementales de l’entité sioniste, les conseils régionaux et locaux des colonies ainsi que des organisations de colons actives sur le terrain, avec l’implication du cabinet de sécurité sioniste, de plusieurs départements ministériels et de l' »administration civile », chargée des questions foncières en Cisjordanie occupée, les conseils de colonies étant quant à eux mandatés pour élaborer les plans d’aménagement et déposer les demandes d’extension et de raccordement des différents blocs coloniaux.
Dans le même temps, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a annoncé, dans une mise à jour publiée vendredi à Genève, l’ajout de 61 entreprises à sa base de données recensant celles impliquées dans des activités liées aux colonies sionistes en territoire palestinien occupé, portant à 214 le nombre total d’entreprises inscrites, issues de 11 pays. Établie pour la première fois en 2020 à la demande du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, puis révisée en 2023 et 2025, cette liste couvre désormais des sociétés actives dans l’agriculture, le transport, le stockage, la gestion des déchets, l’énergie, l’alimentation et l’hôtellerie. Sur les 596 entreprises signalées depuis un appel à contributions lancé en 2024, 126 ont fait l’objet d’un examen dans le cadre de cette actualisation, dont 61 ont finalement été retenues, tandis que cinq entreprises ont été retirées de la liste, le Haut-Commissariat estimant qu’elles n’étaient plus concernées. Sur l’ensemble des entités recensées, 200 ont été jugées comme contribuant aux atteintes au droit à l’autodétermination du peuple palestinien et 14 comme y étant directement associées. Le Haut-Commissaire Volker Türk a insisté sur la portée de cette actualisation, estimant qu’elle rappelle aux entreprises leurs obligations en matière de diligence raisonnable afin de ne pas se trouver mêlées à des violations des droits humains. Le rapport onusien appelle en outre les États à mettre en place les mesures judiciaires, administratives et législatives nécessaires pour garantir aux victimes un accès effectif à des voies de recours.
Cette actualité intervient à la veille d’une séance d’information ouverte du Conseil de sécurité de l’ONU, prévue lundi à New York, suivie de consultations à huis clos, consacrée à la situation dans les territoires palestiniens occupés. Le Coordonnateur spécial par intérim pour le processus de paix au Moyen-Orient, Ramiz Alakbarov, ainsi que deux représentants de la société civile, y présenteront des exposés appelés à mettre en exergue la détérioration de la situation en Cisjordanie occupée, marquée par la multiplication des attaques de colons et la poursuite de la colonisation. Le dernier rapport de l’OCHA, publié le 18 septembre, fait état de plus de 1.600 attaques de colons recensées depuis le début de l’année jusqu’au 14 septembre, soit une moyenne de 6,7 par jour contre cinq en 2025, et du déplacement de plus de 4.300 Palestiniens, dont près de 60% en lien direct avec ces violences. La situation dans la bande de Ghaza devrait également figurer à l’ordre du jour, un rapport de l’UNRWA faisant état de 1.394 Palestiniens tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025, portant le bilan global depuis octobre 2023 à 73.914 morts. La majorité des membres du Conseil devraient, à cette occasion, condamner les violences des colons et l’expansion coloniale, réaffirmer l’illégalité des colonies au regard du droit international et appeler à une relance crédible de la solution à deux États.
L.S.

