12.000 armes nucléaires dans le monde : L’ONU réclame un sursaut diplomatique
Le monde compte toujours plus de 12.000 armes nucléaires alors que les grandes puissances poursuivent la modernisation de leurs arsenaux, un constat qui pousse les Nations unies à renouveler samedi leur appel au désarmement à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires. Cette journée, célébrée chaque 26 septembre, replonge la communauté internationale dans un débat vieux de plusieurs décennies. Dès 1946, la toute première résolution adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU s’était penchée sur cette question, donnant naissance à la Commission de l’énergie atomique chargée de réfléchir au contrôle du nucléaire et à la disparition des armes de destruction massive. Treize ans plus tard, en 1959, l’Assemblée générale avait réaffirmé son attachement à un désarmement général et complet, un principe qui allait structurer par la suite le Traité sur la non prolifération des armes nucléaires. En 1978, lors d’une session extraordinaire entièrement dédiée à cette problématique, l’organisation avait même érigé le désarmement nucléaire au rang de « plus haute priorité », une formule qui continue aujourd’hui de guider le discours onusien. Sur le terrain, les chiffres racontent une réalité plus contrastée. Malgré les réductions engagées après la fin de la guerre froide, les arsenaux mondiaux demeurent considérables. D’après les estimations de l’institut suédois Sipri, neuf pays détenaient encore environ 12187 armes nucléaires en janvier 2026, à savoir les Etats Unis, la Russie, le Royaume Uni, la France, la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord et Israël. Parmi ce stock, près de 9745 armes restaient utilisables et environ 4012 étaient déployées au sein de forces opérationnelles. Le même institut précise que ces neuf puissances ont continué à renforcer leurs capacités tout au long de l’année 2025, la dissuasion nucléaire conservant une place centrale dans les doctrines de sécurité de ces Etats et de leurs alliés.
Cette dynamique de modernisation s’accompagne d’un affaiblissement préoccupant des instruments censés encadrer ces arsenaux. Le retrait américain du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, en 2019, avait déjà fait disparaître un accord majeur liant Washington et Moscou sur toute une catégorie de missiles. Un coup supplémentaire est survenu le 5 février 2026 avec l’expiration du traité New Start, dernier cadre bilatéral imposant encore des limites juridiquement contraignantes aux arsenaux stratégiques russe et américain. Aucun accord n’est venu le remplacer. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait alors qualifié cette échéance de « moment grave » pour la paix et la sécurité internationales, appelant les deux capitales à revenir rapidement autour de la table pour établir de nouvelles limites vérifiables. Depuis cette expiration, plus aucun accord bilatéral ne borne les arsenaux stratégiques des deux principales puissances nucléaires, une situation inédite depuis les années 1970.
C’est dans ce contexte que l’Assemblée générale avait décidé, par sa résolution 68/32 adoptée en 2013, de consacrer chaque 26 septembre à la sensibilisation du public et des dirigeants aux dangers du nucléaire militaire. Le texte appelle également à ouvrir des négociations en vue d’une convention globale englobant la détention, la mise au point, la fabrication, l’acquisition, les essais, le stockage, le transfert ainsi que l’utilisation ou la menace d’utilisation de ces armes. A cette occasion, l’ONU organise traditionnellement des manifestations à New York et à Genève, tout en incitant ses centres d’information répartis à travers le monde à multiplier les actions de sensibilisation.
Dans son message publié samedi pour cette édition 2026, Antonio Guterres a livré un constat sans détour. « La menace d’une catastrophe nucléaire est immédiate et croissante », a t il affirmé, pointant la montée des tensions entre Etats, la méfiance grandissante et l’intensification de la compétition militaire. Le secrétaire général a aussi reconnu les difficultés que rencontrent les efforts multilatéraux pour faire avancer le désarmement et la non prolifération. « Il est temps de choisir le dialogue plutôt que la division, la diplomatie plutôt que la confrontation et le désarmement plutôt que la destruction », a t il lancé. Les Nations unies doivent prolonger cette mobilisation le 29 septembre avec une réunion plénière de haut niveau destinée à réaffirmer l’engagement collectif en faveur du désarmement nucléaire, alors que les arsenaux mondiaux restent élevés et que les mécanismes de contrôle continuent de se fragiliser.
R.I.
